The U.N.

QUI DIRIGE, ICI?

MISE EN OEUVRE EFFICACE DES OBLIGATIONS INTERNATIONALES DU CANADA RELATIVES AUX DROITS DES ENFANTS

Rapport provisoire Comit snatorial permanent des Droits de la personne

Dix-neuvime rapport

Présidente : L'honorable Raynell Andreychuk
Vice-présidente : L'honorable Landon Pearson

Novembre 2005


MEMBRES

L'honorable Raynell Andreychuk, présidente
L'honorable Landon Pearson, vice-présidente

Les honorables sénateurs :

*Jack Austin, C.P. (ou William Rompkey, C.P.)
George Baker, C.P.
Sharon Carstairs, C.P.
Marisa Ferretti Barth
Marjory LeBreton
*Nol A. Kinsella (ou Terrance R. Stratton)
Rose-Marie Losier-Cool
Donald H. Oliver, C.R.
Vivienne Poy

*Membres doffice

En plus des sénateurs indiqus ci-dessus, les horonables sénateurs Maria Chaput, Ione Christensen, Ethel M. Cochrane, Romo Dallaire, Elizabeth Hubley, Laurier LaPierre, Terry Mercer, Jim Munson, Lucie Ppin, Marie-P. Poulin (Charrette) et Nancy Ruth taient membres du Comit diffrents moments au cours de cette tude ou ont particip ses travaux.

Personnel du Service dinformation et de recherche parlementaires de la Bibliothque du Parlement : 

Laura Barnett, analyste

Line Gravel
La greffire du Comit


ORDRE DE RENVOI

Extrait des Journaux du Snat, du mercredi 3 novembre 2004 :

Lhonorable sénateur Andreychuk propose, appuye par lhonorable sénateur LeBreton,

Que le Comit snatorial permanent des droits de la personne soit autoris examiner, en vue den faire rapport, les obligations internationales du Canada relativement aux droits et liberts des enfants;

Le Comit demandera plus particulirement lautorisation dexaminer :

-les obligations qui sont ntres en vertu de des Nations Unies relative aux droits de lenfant;

-si les lois du Canada qui sappliquent aux enfants respectent les obligations qui sont ntres en vertu de cette convention.

Que le Comit prsente son rapport final au Snat au plus tard le 22 mars 2005, et qu'il conserve jusqu'au 30 avril 2005 tous les pouvoirs ncessaires pour diffuser ses conclusions.

La motion, mise aux voix, est adopte.

 

Extrait des Journaux du Snat, du mercredi 23 fvrier 2005 :

que la date de prsentation de son rapport final soit reporte du 22 mars 2005 au 31 mars 2006 et quil conserve jusquau 30 avril 2006 tous les pouvoirs ncessaires pour diffuser ses conclusions.

La motion, mise aux voix, est adopte.

Le greffier du Snat
Paul Blisle


TABLE DES MATIRES

AVANT-PROPOS DE LA PRSIDENTE.. 1

RSUM.. 3

La prsente tude. 3
Application de la Convention au Canada. 3
Problmes touchant lintgration et la mise en uvre de la Convention. 4
Propositions de rforme du Comit. 5

SOMMAIRE DES RECOMMANDATIONS. 8

CHAPITRE UN  RAISON DTRE ET RLE DU COMIT.. 9

A. INTRODUCTION.. 9

B. LE MANDAT. 10
    1. Examiner le rle du Canada en ce qui concerne les droits de la personne et la Convention  10
    2. Limportance cruciale de mettre les droits des enfants au premier plan. 12

C. LE PRSENT RAPPORT ET LE TRAVAIL DU COMIT.. 20
    1.  tude et un examen en profondeur du contexte canadien. 20
    2.  Le prsent rapport provisoire. 22

CHAPITRE DEUX HISTOIRE DES DROITS DE LENFANT DANS LE DROIT CANADIEN ET INTERNATIONAL RELATIF AUX DROITS DE LA PERSONNE.. 24

A.  HISTOIRE DES DROITS DE LENFANT AU CANADA.. 24
    1.  volution des approches lgard des enfants dans lhistoire. 24
    2.  volution des approches lgard des enfants dans lhistoire canadienne. 25
    3.  Histoire de la protection et du bien-tre de lenfant au Canada. 26
    4.  Droits de lenfant dans les lois sur la protection et le bien-tre de lenfant28

B.  HISTORIQUE DE LA  CONVENTION RELATIVE AUX DROITS DE LENFANT. 29
    1.  Origine des droits de lenfant dans le droit international29
    2.  laboration de la Convention relative aux droits de lenfant31
    3.  Participation des organisations non gouvernementales. 33
    4.  Protocoles facultatifs la Convention relative aux droits de lenfant34
    5.  Le Comit sur les droits de lenfant35
    6.  Nature particulire de la Convention relative aux droits de lenfant36
    7.  Le Canada et la Convention relative aux droits de lenfant37

CHAPITRE TROIS TRAITS INTERNATIONAUX ET DROIT NATIONAL : PROCESSUS DE MISE EN UVRE.. 40

A. RATIFICATION.. 40

B. RSERVES. 40

C. APPLICATION ET MISE EN UVRE.. 41

D. MCANISMES DEXCUTION.. 47

CHAPITRE QUATRE MISE EN UVRE DE LA CONVENTION RELATIVE AUX DROITS DE LENFANT  49

A.  MISE EN UVRE DE LA CONVENTION.. 49
    1.  Mise en uvre et application. 49
    2.  Interprtation lgislative et judiciaire. 51
    3.  Rserves. 54

B.  MCANISME DEXCUTION RAPPORT ET SUIVI AUPRS DU COMIT DE LONU   57
    1.  Rle et mandat du Comit permanent des fonctionnaires chargs des droits de la personne  57
    2.  Pertinence du processus dtablissement de rapports et de suivi au Canada. 58

C.  COMPLEXIT DE LA MISE EN UVRE.. 64
    1.  Structure fdrale du Canada. 64
    2.  Mconnaissance de la Convention. 74

D.  CONSTATATIONS DU COMIT.. 77

CHAPITRE CINQ  MCANISMES DE CHANGEMENT. 79

A.  INTRODUCTION.. 79

B.  RESPECT DES OBLIGATIONS INTERNATIONALES DU CANADA EN MATIRE DE DROITS DE LA PERSONNE  MODLE DE RATIFICATION ET DINTGRATION LA LGISLATION   79
    1.  Processus de ngociation des traits. 80
    2.  Signature et ratification. 83
    3.  Aprs la ratification  Donner suite efficacement aux obligations du Canada en vertu des traits internationaux. 87
    4.  Commentaires du Comit. 91

C.  MISE EN UVRE DE LA CONVENTION RELATIVE AUX DROITS DE LENFANT  92
    1.  Commissariat aux enfants. 94
    2.  Groupe de travail interministriel charg de la mise en uvre des droits des enfants au sein de ladministration fdrale. 107
    3.  Rle accru du secteur bnvole. 116
    4.  Questions gnrales de financement119

D.  CONCLUSIONS. 120

CHAPITRE SIX PLANS FUTURS : LE RAPPORT FINAL.. 122

A.  SANT.. 122

B. ENFANTS AUTOCHTONES. 123

C.  ENFANTS ISSUS DE MINORITS. 124

D.  ENFANTS MIGRANTS. 124

E.  ENFANTS VICTIMES DEXPLOITATION SEXUELLE.. 125

F.  ENFANTS DANS LES CONFLITS. 126

G.  PROTECTION DE LENFANT. 126

H.  JUSTICE PNALE POUR LES ADOLESCENTS. 127

I.  CHTIMENT CORPOREL.. 127

ANNEXE  A : Liste des tmoins. 129

ANNEXE B : Convention relative aux droits de lenfant141

ANNEXE C :  Protocole facultatif concernant la vente denfants, la prostitution des enfants et la pornographie mettant en scne des enfants. 153

ANNEXE D : Protocole facultatif concernant la participation des enfants aux conflits arms  158

ANNEXE E : Observations finales du Comit des droits de lenfant162

ANNEXE F : Un Canada digne des Enfants; Plan daction national177

ANNEXE G : Version de la convention accessible aux enfants propose par lACDI  214


AVANT-PROPOS DE LA PRSIDENTE

En novembre 2004, lorsque le Comit a entrepris son tude des obligations internationales du Canada relativement aux droits et liberts des enfants, son objectif tait dessayer de voir comment le Canada pourrait maximiser limpact et lapplication de la Convention des Nations Unies relative aux droits de lenfant pour en faire profiter les enfants canadiens. Au fil de cette tude, le Comit a peu peu acquis la conviction que tant sur le plan thorique que pratique, les droits des enfants ne sont ni compris ni, vrai dire, respects. Pourtant, comme lont soulign maintes reprises les tmoins que nous avons entendus au Canada et ltranger, les enfants sont des citoyens avec des droits et ils doivent tre reconnus comme tels si nous voulons favoriser lclosion dune culture de respect  et aussi une culture des droits et de la responsabilit.

Le Comit espre que les arguments qui lont lui-mme amen au fil de la prsente tude prendre position en faveur dun respect vritable des droits des enfants pourront tre invoqus, compris et repris avec le mme succs partout au Canada. Dans le prsent rapport provisoire, le Comit examine diffrents mcanismes pour renforcer la capacit du Canada doffrir des services et des avantages tous les enfants ici mme au Canada et au-del de nos frontires. Ce rapport provisoire recommande diffrents moyens pour que ces objectifs deviennent ralit au sein de ladministration fdrale, au Parlement et au niveau individuel, et insiste sur la ncessit de consulter, dduquer et de faire participer les enfants.

Dans le cadre de son examen de la Convention relative aux droits de lenfant, le Comit a analys le processus de ngociation et de ratification des traits internationaux en matire de droits de la personne et est davis qutant donn le retard quaccuse le Canada par rapport aux autres pays sur le plan de la satisfaction des attentes dmocratiques modernes, le moment est venu de renouveler le processus de ngociation et de mise en uvre.

Au terme de cette premire tape de notre tude, je tiens remercier les membres du Comit pour lenthousiasme et le dvouement dont chacun a fait preuve tout au long des travaux du Comit. Les sénateurs ont abord ces questions en mettant profit leur propre bagage de connaissances et leur propre exprience de vie, mais tous ont tmoign avec conviction de leur engagement sans rserve lgard du respect intgral et de la mise en application effective des droits des enfants au Canada.

Jaimerais en particulier souligner le rle de lhonorable snatrice Landon Pearson (qui prend sa retraite du Snat ce mois-ci), dont la vie personnelle et professionnelle tmoigne de son rel respect et de son rel souci des enfants. Tout au long de sa carrire, elle a dfendu avec tnacit et dvouement la cause des enfants, contribuant de faon significative sensibiliser le public, la classe politique et le Snat aux droits des enfants.

Enfin, jaimerais remercier tout le personnel du Snat et de la Bibliothque du Parlement qui ont particip cette tude. cet gard, jaimerais souligner tout spcialement la contribution de Line Gravel, greffire du Comit, de Laura Barnett, attache de recherche du Comit, et de Kim Chao, qui nous ont vaillamment paul dans la prparation du prsent rapport provisoire. Je remercie aussi les nombreux tmoins qui ont comparu devant le Comit, au Canada et ltranger, et qui nous ont fait part de leur prcieux point de vue sur la Convention relative aux droits de lenfant, la situation des droits des enfants au Canada et les moyens les plus efficaces pour mettre en uvre le droit international dans le contexte national.

Le Comit ddie le prsent rapport provisoire aux enfants canadiens, dans lespoir que, si un jour ses recommandations sont appliques, ceux-ci disposent enfin des moyens ncessaires pour faire entendre leurs voix et faire valoir leurs droits de citoyens part entire.


RSUM

La prsente tude

         Le Comit snatorial permanent des droits de la personne a reu un ordre de renvoi du Snat lautorisant examiner, en vue den faire rapport, les obligations internationales du Canada relativement aux droits et liberts des enfants. Il a donc entrepris une tude afin darriver mieux comprendre limpact des instruments internationaux relatifs aux droits de lenfant sur le droit canadien.

         Lun des principaux objectifs de la prsente tude consiste examiner la Convention des Nations Unies relative aux droits de lenfant et essayer de voir aussi ce qui fait obstacle la protection des droits de lenfant. Le Comit a cherch savoir si les politiques et les lois canadiennes sont fidles aux dispositions des instruments internationaux relatifs aux droits de la personne et si le pays respecte ses obligations internationales. Il sest aussi pench sur rle du Parlement dans ce contexte.

         Le Canada a jou un rle dterminant dans la rdaction et la promotion de la Convention, qui se distingue des autres traits internationaux relatifs aux droits de la personne parce quelle a t ratifie par le plus grand nombre de pays et parce que la porte de la protection quelle offre est plus tendue que celle de tout autre trait international en matire de droits de la personne.

         Il est crucial que le Canada continue dtre un chef de file mondial en ce qui a trait lapplication de la Convention. Pour arriver bien faire ressortir la vulnrabilit particulire des enfants et permettre le plein panouissement des droits des enfants, le parti pris de la Convention en faveur des droits doit tre prcis. Les enfants daujourdhui sont des intervenants avec des droits qui leur appartiennent en propre et qui doivent tre respects et protgs intgralement par leur pays de rsidence. Cette faon de concevoir les enfants a mis du temps faire son chemin et, en fait, elle nest pas encore parfaitement comprise ou accepte lchelle nationale ou internationale.

 

Application de la Convention au Canada
 

         Au Canada, les traits internationaux relatifs aux droits de la personne sont rarement intgrs directement au droit canadien. Ils sont plutt mis en uvre indirectement grce ladoption de mesures pour rendre les lois dj en vigueur conformes aux obligations convenues dans une convention particulire. Le Parlement nintervient pas dans la ratification, de sorte que les traits internationaux relatifs aux droits de la personne qui ne sont pas directement intgrs aux lois nationales chappent lexamen parlementaire. La mise en uvre dun trait international ayant une incidence sur les lois et les politiques provinciales relve de la responsabilit conjointe des gouvernements fdral, provinciaux et territoriaux. Le gouvernement fdral a adopt comme politique de consulter les provinces et les territoires avant de signer et de ratifier des traits portant sur des questions relevant de leur comptence afin de remdier ce problme complexe.
 

         La Convention relative aux droits de lenfant est actuellement rpute tre mise en uvre par la voie de la Charte canadienne des droits et liberts, des lois fdrales et provinciales en matires de droits de la personne et des autres lois fdrales et provinciales rgissant les questions qui y sont abordes. Essentiellement, lapproche adopte lgard des obligations internationales du Canada est axe sur les politiques. Le gouvernement prend appui sur les lois dj en vigueur et se sert des mcanismes existants pour appliquer la Convention, plutt que de recourir une loi spciale pour garantir le respect intgral de tous les droits reconnus aux enfants en vertu de la Convention.
 

         En ce qui a trait aux obligations de rapport faites au Canada en vertu de la Convention relative aux droits de lenfant, le Comit permanent fdral-provincial-territorial des fonctionnaires chargs des droits de la personne facilite la prparation des rapports soumis par le Canada au Comit des droits de lenfant des Nations Unies. Lorsque ce dernier rend public ses Observations finales, le rle du Comit permanent consiste tenir les gouvernements provinciaux et territoriaux au courant des observations formules sur la porte des droits garantis par la Convention.

 

 

Problmes touchant lintgration et la mise en uvre de la Convention
 

        Lune des principales proccupations exprimes par les tmoins a trait au refus du gouvernement fdral dintgrer directement les traits internationaux relatifs aux droits de la personne dans ses lois; pourtant, le gouvernement est tenu de faire tout en son pouvoir pour appliquer les traits internationaux lchelle nationale, en dpit des obstacles poss par la Constitution en matire de comptences.
 

        Le Comit sest fait dire que le Comit permanent narrivait pas assurer une coordination adquate entre les diffrentes instances ou auprs des organes issus de traits en raison de son mandat limit. De plus, les mcanismes actuels de prsentation de rapports et de diffusion sont trop complexes, et certains dplorent le manque de participation publique ou non gouvernementale relle et le fait que les Observations finales du Comit des Nations Unies soient si peu diffuses.
 

        Au fil de ses audiences et la lecture des Observations finales du Comit des Nations Unies, le Comit a appris quen raison de notre structure fdrale, de la multitude de lois et de la diversit des interprtations ou approches adoptes dans chaque province et territoire lgard de leur application, le Canada est dpourvu de toutes normes nationales uniformes dans un certain nombre de domaines cls, do lexistence dun impact direct sur les droits des enfants, et le mandat des institutions voues la protection des droits des enfants varie considrablement dune province lautre.
 

        Le Comit a galement not que les instances gouvernementales de mme que les enfants et le grand public connaissent mal la Convention et les droits qui y sont garantis. Dans ladministration publique, mme ceux dont le rle est de protger les droits des enfants ont une connaissance de la Convention qui est, au mieux, ingale.

 

Propositions de rforme du Comit

        Le Comit recommande que le gouvernement fdral se dote de moyens plus efficaces pour intgrer et respecter ses obligations internationales en matire de droits de la personne avant et aprs la ratification dun instrument international. Le Comit permanent devrait tre inform ds que des ngociations sur un trait relatif aux droits de la personne samorcent au niveau international, de faon quun rapport explicatif nonant les objectifs et les consquences du trait en question puisse aussitt tre diffus et quun processus de consultation clair puisse tre mis en branle auprs de tous les intervenants. La ratification dun instrument international relatif aux droits de la personne devrait saccompagner de mesures lgislatives habilitantes par lesquelles le gouvernement fdral confirme quil se sent lgalement tenu de respecter ses engagements internationaux en matire de droits de la personne. Ces mesures peuvent consister dposer le trait lui-mme au Parlement, accompagn dune dclaration leffet que le gouvernement fdral a examin toutes les lois pertinentes et peut confirmer au Parlement que celles-ci sont conformes aux obligations nonces dans le trait, ainsi quun nonc officiel pour signifier que le gouvernement fdral accepte de se conformer au trait. Enfin, le Comit propose que la prparation des rapports devant tre prsents par le Canada au Comit des Nations Unis soit plus rapide et plus collgiale, et que ces rapports de mme que les Observations finales du Comit des Nations Unies et le rapport de suivi du gouvernement soient dposs au Parlement et renvoys aux comits parlementaires pour fins dexamen.

        Le Comit recommande que le Parlement cre un commissariat aux enfants charg de surveiller lapplication de la Convention et de veiller ce que les droits des enfants soient protgs au Canada. Le commissariat devrait tre une institution autonome sans lien de dpendance tenue par la loi de veiller au respect de la Convention et de faire participer les enfants ses activits. Il devrait avoir le mandat de soumettre les lois, les services et les programmes fdraux ayant une incidence sur les enfants et sur leurs droits un examen continu; de faire rapport annuellement au Parlement de son valuation de lapplication de la Convention par le gouvernement fdral; danalyser les problmes systmiques touchant les enfants; de mener des campagnes de sensibilisation; daffecter expressment un responsable de haut rang au contrle et la surveillance des droits des enfants autochtones et dassurer la liaison avec le Conseil canadien des organismes provinciaux de dfense des droits des enfants et des jeunes.
 

        Le Comit recommande la cration dun groupe de travail charg de la mise en oeuvre pour tout ce qui touche les droits des enfants au sein de ladministration fdrale. Le rle de ce groupe consisterait faire lanalyse de toutes les lois actuelles et proposes du point de vue des droits de lenfant; mener des consultations auprs des provinces, des territoires et des autres intervenants au sujet du respect des droits des enfants; prparer la partie du rapport que doit remettre le Canada au Comit des Nations Unies portant sur le gouvernement fdral et prparer le rapport de suivi du gouvernement fdral lintention du Comit des Nations Unies. Le Comit propose en outre que ce groupe axe principalement ses activits sur linformation et sur llaboration dune vaste stratgie nationale de sensibilisation aux droits des enfants.
 

        Le gouvernement fdral devrait travailler de concert avec les ONG pour laborer des mcanismes et trouver le financement ncessaire pour amliorer lintgrit et la cohsion des organismes bnvoles vous la protection des droits des enfants au Canada. En intervenant de cette faon pour renforcer les capacits existantes, le gouvernement fdral pourrait faciliter ltablissement dun mcanisme de coordination capable de dterminer les lacunes combler dans les services et stimuler le dialogue entre les ONG et les organismes donateurs.
 

        Enfin, le Comit propose que le gouvernement fdral affecte des fonds suffisants pour permettre au Canada dappliquer efficacement les traits internationaux relatifs aux droits de la personne et, en particulier, la Convention relative aux droits de lenfant.
 


SOMMAIRE DES RECOMMANDATIONS 

RECOMMANDATION 1 Donner suite aux obligations internationales du Canada en matire de droits de la personne 

Le gouvernement fdral  de concert avec les provinces, les territoires, les parlementaires et les intervenants intresss  doit se doter de moyens plus efficaces pour ngocier, intgrer et respecter ses obligations internationales en matire de droits de la personne. Le Comit recommande aussi quela ratification dun instrument international relatif aux droits de la personne saccompagne de mesures lgislatives habilitantes par lesquelles le gouvernement fdral confirme quil se sent lgalement tenu de respecter ses engagements internationaux en matire de droits de la personne. 

 

RECOMMANDATION 2 Respect de la Convention relative aux droits de lenfant 

Le gouvernement doit se sentir li par lobligation de se conformer intgralement la Convention relative aux droits de lenfant.

 

RECOMMANDATION 3 Commissariat aux enfants 

Le Parlement doit adopter une loi pour crer un commissariat aux enfants indpendant charg de surveiller lapplication de la Convention relative aux droits de lenfant et de protger les droits des enfants au Canada. Le commissariat doit tre tenu de faire rapport au Parlement chaque anne.

 

RECOMMANDATION 4 Groupe de travail interministriel charg de la mise en uvre des droits des enfants au sein de ladministration fdrale 

Un groupe de travail interministriel charg de la mise en uvre des droits des enfants doit tre cr pour coordonner les activits, les politiques et les lois touchant les droits des enfants.


CHAPITRE UN  RAISON DTRE ET RLE DU COMIT

A. INTRODUCTION

            Le 3 novembre 2004, le Comit snatorial permanent des droits de la personne ( le Comit ) a t autoris par le Snat examiner, en vue den faire rapport, les obligations internationales du Canada relativement aux droits et liberts des enfants. Le Comit a obtenu plus particulirement lautorisation  dexaminer les obligations qui sont ntres en vertu de la Convention des Nations Unies relative aux droits de lenfant; si les lois du Canada qui sappliquent aux enfants respectent les obligations qui sont ntres en vertu de cette Convention .

Le Comit a entrepris une tude sur limpact des instruments internationaux relatifs aux droits des enfants sur le droit canadien, tant donn que trs peu dtudes exhaustives y ont t consacres. Le Comit a pass en revue et va continuer dexaminer attentivement les obligations internationales du Canada en matire de droits et liberts des enfants afin de rendre compte des considrations gnrales lies la conformit des lois nationales aux obligations internationales du Canada relatives aux droits de la personne et de respecter le mandat gnral lorigine de son premier rapport, intitul Des promesses tenir : le respect des obligations du Canada en matire de droits de la personne[1].

Lun des principaux objectifs de la prsente tude consiste valuer la Convention des Nations Unies relative aux droits de lenfant[2]et les autres principaux instruments de protection des droits et liberts des enfants, et voir ce qui fait obstacle leur application. Le Comit a cherch savoir si les politiques et les lois canadiennes font cho aux dispositions de ces instruments internationaux de dfense des droits de la personne et si elles donnent suite nos obligations internationales dans ce domaine. Il sest aussi pench sur le rle du Parlement dans ce contexte.

Le Comit avait initialement reu le mandat de faire rapport au Parlement sur cette question avant le 22 mars 2005. Il a toutefois vite pris conscience de la ncessit de procder une tude plus exhaustive des droits des enfants et dlargir en consquence la porte de son mandat initial. Le dlai de prsentation de son rapport final a donc t prolong jusquau 31 mars 2006. Cette tude largie vise rpondre aux questions suivantes : Le Canada donne-t-il suite la Convention relative aux droits de lenfant dans ses lois et politiques nationales, et de quelle faon? La socit et le gouvernement fdral rpondent-ils aux dfis des enfants daujourdhui? Le prsent rapport provisoire insiste sur la ncessit dune intervention vigoureuse immdiate pour protger les droits et le bien-tre des enfants dans le Canada daujourdhui et sappuie sur le rapport Des promesses tenir et le tmoignage des nombreux tmoins entendus pour dterminer, sil y a lieu, de renforcer les mcanismes en place pour donner suite plus efficacement aux obligations internationales du Canada lgard des enfants.

 

B. LE MANDAT

1.  Examiner le rle du Canada en ce qui concerne les droits de la personne et la Convention

Comme il est mentionn dans le rapport Des promesses tenir, le Canada sest acquis une rputation de chef de file dans le domaine des droits de la personne. Depuis la Deuxime Guerre mondiale, il a jou un rle de premier plan dans llaboration et la promotion de nouvelles initiatives en matire de droits de la personne, comme la cration de la Cour pnale internationale, et participe maintenant plus de 30 mcanismes internationaux pour la dfense des droits de la personne[3].

Des tmoins comme Martha Mackinnon, de lorganisme Justice for Children and Youth, ont tenu souligner que le Canada a t fidle cette rputation dans le contexte de ladoption de la Convention relative aux droits de lenfant. Il a fait figure de chef de file dans ce processus non seulement parce quil a t le premier signer et ratifier la Convention, mais aussi parce quil a pris une part active la rdaction de la Convention et aux efforts dploys pour gagner le plus dadhsions possible, comme il est mentionn la partie B du chapitre 2., La Conventiona t adopte lunanimit par lAssemble gnrale des Nations Unies en 1989 et est devenue une norme universellement reconnue en matire de droits des enfants.  En 1990, le Canada a t lhte conjoint du premier Sommet mondial pour les enfants et, de 1999 2002, a jou un rle important dans la prparation de la Session extraordinaire des Nations Unies consacre aux enfants, puisquil a russi ngocier le libell de rsolutions cls, notamment celles concernant les enfants touchs par la guerre, les enfants autochtones et la participation des enfants[4]. Aujourdhui, la Convention est le trait international auquel on a le plus souscrit dans lhistoire, 192 pays layant ratifie[5].

Parce que le Canada tait peru comme un si fervent partisan des droits des enfants sur la scne internationale au dbut (comme la fait remarquer Frans Roselaars, directeur du Programme focal sur le travail des enfants de lOrganisation internationale du travail Genve), il est crucial quil conserve son statut de chef de file mondial dans la mise en application de la Convention. Comme la soulign le ministre de la Sant, Ujjal Dosanjh,  nous ne pouvons toutefois nous reposer sur nos lauriers [6]. Le Canada ne peut pas  perdre le leadership moral considrable [7] des dbuts :

Il importe de noter que le Canada na pas simplement sign et ratifi la Convention des Nations Unies. Il sen est fait le champion, le pilote. Il a incit dautres pays la signer; il a contribu sa rdaction et il a dploy des efforts pour que cet instrument, ce trait international voie le jour et devienne la norme en ce qui concerne les droits humains des enfants. Il est crucial que le Canada, qui en est le parrain, soit un leader mondial pour ce qui est dintgrer la Convention au droit national. []

Cest un instrument auquel le Canada souscrit sur la scne internationale. Selon moi, il serait trs dcevant que la signature dun trait international devienne la limite des hautes eaux. Si lon ne passe pas ltape de la mise en uvre, cest comme si le Canada avait dit : Voici ce que nous pensons de la norme internationale; les autres pays devraient la suivre, mais pas nous[8].

En fait, certains tmoins sont davis que le Canada est dj tomb dans le pige de sasseoir sur sa rputation plutt que dagir. Comme la mentionn Maxwell Yalden, ex‑commissaire du Comit des droits de lhomme des Nations Unies :

Je suis davis que le Canada a toujours jou un rle important dans la communaut internationale en ce qui concerne les droits de la personne, mais je dois avouer que je suis de plus en plus impatient devant une communaut aussi riche que la ntre, qui passe trop souvent son temps donner des leons aux autres sans regarder ses propres performances[9].

 

      2.  Limportance cruciale de mettre les droits des enfants au premier plan

Ce sont les citoyens daujourdhui, non de demain[10].

Sil cherche insister sur la ncessit daborder la question des droits des enfants, le Comit nen est pas moins conscient du fait que le monde en a peut-tre assez de se faire dire :  Nos enfants sont notre avenir . Si laffirmation demeure vraie, des tmoins ont nanmoins insist sur le fait que le gouvernement, le Parlement et la socit civile doivent aller au‑del du clich et reconnatre que les enfants sont des citoyens aujourdhui. Avant desprer instaurer une vritable culture de droits et de responsabilits dans notre socit, il faut dabord reconnatre ce fait. Il est crucial de prciser la place faite aux droits dans le contexte canadien pour en garantir le plein panouissement.

            Selon les tmoins, lapproche fonde sur les droits  qui est consacre dans la Convention relative aux droits de lenfant et dans le droit international moderne en matire de droits de la personne  met laccent sur la ncessit de considrer les enfants comme des personnes ayant des droits qui leur sont propres. Lide est que les enfants ne sont pas simplement des objets de proccupation qui ont besoin de protection, mais doivent aussi tre reconnus comme des personnes part entire. Comme la affirm le juge Jean-Pierre Rosenczveig, prsident du conseil dadministration du Bureau international des droits des enfants, la Convention relative aux droits de lenfant

            est dlibrment tourne vers un XXIe sicle quand elle tient lenfant pour une personne doue dune me et de sentiments ayant des droits, et non seulement comme un petit tre fragile quil faut dfendre contre autrui et contre lui-mme[11].

            Dans un tel cadre, la protection des droits des enfants dpasse laccs aux moyens de survie les plus lmentaires ou la satisfaction des besoins fondamentaux, ce qui facilite plutt la cration dun environnement durable dans lequel ces droits peuvent tre protgs long terme[12]. Lapproche fonde sur les droits suppose que les situations sont envisages non pas en fonction des besoins humains ou des domaines de dveloppement, mais de lobligation de respecter les droits des personnes. Ainsi, les gens peuvent demander justice parce que cest leur droit, et non pas comme une aumne[13]. Comme la soulign le Comit des droits de lenfant des Nations Unies,  la mise en uvre des droits fondamentaux des enfants ne doit pas tre perue comme un acte de charit envers eux [14]. En bout de ligne, la charit ne suffit pas la ralisation du plein potentiel des gens, car elle les rduit des objets de dveloppement au lieu de les voir comme des participants leur propre dveloppement[15]. Les trois grandes caractristiques de la dmarche fonde sur les droits sont les suivantes[16] :

         tous les droits sont gaux et universels;

         les personnes (y compris les enfants) sont le sujet de leurs propres droits et elles participent au dveloppement au lieu dtre des objets de charit;

         le cadre fond sur les droits impose aux tats lobligation de travailler la mise en uvre de tous les droits.

La dmarche fonde sur les droits exige une forme de programme holistique qui permet dlargir la protection offerte et de porter en mme temps une attention particulire aux plus vulnrables et aux plus marginaux de notre socit de faon que leurs droits individuels soient pleinement et galement respects[17]. De mme, ce cadre

attribue une obligation morale et juridique aux tats, qui doivent faire en sorte que les droits de chacun soient respects, dterminer les cas dans lesquels ils ne le sont pas et y remdier. En ratifiant les traits portant sur les droits humains, les tats assument la responsabilit dappliquer les droits qui y sont protgs, ils deviennent juridiquement responsables[18].

Selon Kathy Vandergrift, de Vision mondiale Canada, la dmarche fonde sur les droits

a une relle valeur ajoute parce quelle place ltre global au centre des proccupations, puis examine toutes les composantes et tous les facteurs qui peuvent avoir un impact sur sa situation. Il ne sagit pas de rpondre un besoin unique  de la nourriture, de leau, par exemple ‑  mais plutt de tenir compte de lenfant dans sa totalit et de le traiter comme un acteur dans une situation, plutt que comme un simple bnficiaire passif[19].

            La dmarche fonde sur les droits tmoigne du passage dun systme qui ragit en fonction des cas un systme plus proactif et systmique ax sur la prvention[20]. Voici un exemple de la faon dont cette dmarche fonctionne :

[] Si 100 enfants ont besoin dtre vaccins, lapproche fonde sur les besoins ou sur les problmes dirait, aprs que 70 enfants ont t vaccins, que nous avons eu un excellent taux de succs de 70 %. Lapproche fonde sur les droits reconnat quil y a encore 30 enfants qui ont besoin dtre vaccins. Lapproche fonde sur les droits sapplique mme aux enfants les plus marginaliss et fait une diffrence dans la vie de tous les enfants[21].

Les partisans de cette approche font valoir quelle vise instaurer une culture de respect ici et partout dans le monde, dans laquelle nous aurions des comptes rendre aux enfants eux-mmes, et non simplement leur sujet. Kay Tisdall, professeure de politiques sociales lUniversit ddimbourg, souligne que notre obligation de rendre compte doit sappliquer  jusquau bout [22]. Ces partisans affirment par ailleurs que les droits saccompagnent de responsabilits  traiter les enfants comme des personnes investies de responsabilits crera une gnration dadultes responsables. Lide est dinculquer tous les chelons de la socit une culture de responsabilisation qui ne pourra que contribuer amliorer notre environnement.

Toutefois, mme si la dmarche fonde sur les droits fait partie intgrante de la Convention et dautres instruments internationaux relatifs aux droits de la personne, des tmoins ont fait valoir que nombreux sont ceux qui, au Canada et ailleurs dans le monde, continuent de sopposer son application intgrale. Pour reprendre les paroles dAl Aynsley-Green, commissaire aux enfants pour lAngleterre,  le mot "droits" est un mot dangereux [23]. Plusieurs considrent en effet cette faon daborder le droit international comme plus menaante parce quelle est davantage axe sur lobservation. Comme la soulign la haut-commissaire aux droits de lhomme des Nations Unies, Louise Arbour :

La raison pour laquelle les revendications bases sur les droits font lobjet dune rsistance de la part du pouvoir est justement parce quelles menacent  ou promettent  de corriger une distribution du pouvoir politique, conomique et social qui est, selon les normes internationales dj acceptes, injuste.

Ces vrits sont particulirement videntes dans la reconnaissance hsitante et lapplication slective par le Canada de quelques-unes de ses obligations internationales dans le domaine des droits de la personne. Les obligations qui drivent des droits de la personne nexigent ni plus ni moins que des efforts raisonnables dans le cadre largi que des ressources limites permettent, les priorits tant dtermines selon un processus dmocratique inclusif, engag amliorer la situation des plus dsavantags[24].

            Dautres ne sont tout simplement pas au fait des consquences de la Convention. Comme la fait ressortir le Centre de recherche Innocenti de lUNICEF,

la nature radicale de la [Convention], qui reconnat explicitement que les enfants sont des objets de droits, nest ni pleinement accepte ni entirement comprise par bon nombre de gouvernements. On fait fi tout particulirement du principe de promotion de lintrt suprieur de lenfant qui passe par le respect de ses droits et par lobligation dcouter son point de vue et dagir en consquence, qui est une tape essentielle de la ralisation des droits des enfants[25].

maintes reprises, le Comit sest fait rappeler que linformation concernant la Convention relative aux droits des enfants tait nettement dficiente au Canada. Plusieurs tmoins se sont dits inquiets de la situation des enfants au Canada  en particulier ceux qui sont dj dfavoriss comme les enfants de sant fragile, les enfants handicaps, les enfants autochtones, les enfants migrants, les enfants victimes dexploitation sexuelle et ceux qui sont pris en charge par les services de protection de la jeunesse ou par le systme de justice pnale pour les adolescents.

Des tmoins ont dnonc lapparent cart existant entre le discours et la ralit au chapitre des droits des enfants au Canada. Le gouvernement reconnat limportance des droits des enfants au Canada, comme en tmoigne la rcente publication du Plan daction 2004 du Canada, Un Canada digne des enfants[26], pour faire suite la Session extraordinaire des Nations Unies consacre aux enfants en mai 2002. Le Plan daction est assorti dun message de prsentation qui insiste sur limportance des enfants dans la socit canadienne et sur les raisons pour lesquelles nous devons spcifiquement concentrer notre attention sur les droits des enfants :

            Le XXIe sicle appartiendra nos enfants et nos petits-enfants. Ce sont leurs         rves et leurs aspirations, models par les circonstances de leur naissance et du            contexte dans lequel ils grandiront, qui donneront au sicle sa dfinition ultime.      Ceux qui ont moins de 18 ans aujourdhui reprsentent plus du tiers de la   population mondiale et influencent dj profondment nos vies par leurs dcisions       et leurs actions. Pour leur bien et pour le ntre, nous devons faire tout ce qui est          possible pour allger les souffrances dont ils portent le joug, pour leur ouvrir les         portes de la russite et pour leur assurer une culture empreinte de respect. Cest   cela que les jeunes faisaient allusion lorsque, au cours de la Session extraordinaire         consacre aux enfants, en mai 2002, ils ont dclar lAssemble gnrale des     Nations Unies :  Nous voulons un monde digne des enfants, car un monde digne   de nous est un monde digne de tous [27].

            De nombreux tmoins ont toutefois dplor lcart existant souvent entre lintention de se conformer et la conformit relle la Convention relative aux droits de lenfant. Mme si le gouvernement tente de se conformer la dmarche fonde sur les droits en thorie, de nombreux tmoins soutiennent quil hsite sy soumettre dans la pratique.

Face ces proccupations, le Comit conclut quil y a urgence de faire avancer le dbat sur le droit des enfants et donc de mieux faire connatre ces droits et dinciter le gouvernement faire davantage en pratique. Le Comit voit son rle comme celui dun intermdiaire se mettant lcoute des proccupations de lun des groupes les plus vulnrables mais aussi les plus prometteurs de la socit canadienne pour faire en sorte que sa parole soit entendue.

            Katherine Covell, professeure au Centre du droit des enfants du Collge universitaire du Cap-Breton, a insist sur  limportance suprme du respect des droits de lenfant pour le dveloppement dune socit saine [28]. Les propos du ministre du Dveloppement social, Ken Dryden, font aussi cho ce point de vue : Nos enfants sont llment essentiel de  [] de notre foi en lavenir et de notre confiance en tant que pays. Si nos enfants sen tirent bien, nous nous en tirons bien et nous naurons pas de problme. [29].

            Martha Mackinnon na pas mch ses mots lorsquelle a parl de limportance de protger les droits des enfants et fait allusion la rticence de nombreuses personnes reconnatre que les enfants sont des personnes avec des droits humains qui leur sont propres :

            Les enfants ne votent pas, mais ils ne paient pas dimpt non plus et ils ne tlphonent pas leurs dputs. Ils ne sont pas activistes de cette manire.

            Cest triste dire, mais dans la socit canadienne nous navons pas fait suffisamment de progrs vers une situation o nous serions capables de nous dire que ce nest pas parce quon donne des droits quelquun que des droits nous sont enlevs nous. [] Ce nest ma perception de la manire dont fonctionnent   les droits de la personne. Ma perception est que plus nous tous avons des droits de    la personne tendus, mieux nous serons tous collectivement. Par consquent, la notion voulant que de donner quelque chose un enfant nenlve rien quelquun dautre est un message que nous ne russissons pas transmettre. Cest un message qui dit que je deviens ainsi un meilleur parent, un parent plus fort. Cela fait de moi une enseignante plus forte et meilleure. Je suis un employeur plus fort et meilleur si chaque enfant avec lequel je travaille sait quil est un tre humain tout autant que je le suis, et mes droits sont renforcs quand chaque membre de ma socit jouit des mmes droits[30].

 

            Dans ce contexte, les tmoins ont insist sur la vulnrabilit particulire des enfants qui, au Canada, sont le seul groupe qui  uniquement pour une raison dge  na ni voix, ni vote et trs peu daccs aux puissants groupes de pression, aux mdias ou aux services juridiques. Le Comit des droits de lenfant et le Centre de recherche Innocenti de lUNICEF ont fait valoir que le point de vue des enfants est rarement pris en compte dans les dcisions gouvernementales, mme sils forment lun des groupes les plus touchs par laction ou linaction gouvernementale. Les enfants ne sont pas simplement sous-reprsents, ils ne sont pratiquement pas reprsents du tout[31]. Comme la dclar M. Aynsley-Green et rpt professeure Kay Tisdall, nous devons reconnatre que les enfants sont  les citoyens daujourdhui, non de demain [32] et adapter nos politiques en consquence.

            Suzanne Williams, de lInternational Institute for Child Rights and Development, a bien mis en relief limportance des droits des enfants :

             Les droits de lenfant mont sauv la vie.  Ainsi sexprimait une jeune Autochtone canadienne au cours dune sance organise par lInternational Institute for Child Rights and Development (IICRD), en mars 2004. Tout juste six ans auparavant, cette jeune personne avait assist une confrence tenue au Canada lintention des jeunes exploits dans le cadre du commerce du sexe. Elle avait alors appris pour la premire fois quelle avait des droits : elle comptait pour quelque chose. De son point de vue, ces droits avaient fait toute la diffrence et lui avaient donn une raison de vivre. Aujourdhui, cette jeune femme sest affranchie du commerce du sexe, elle va luniversit et elle aide dautres jeunes encore exploits dans ce commerce se renseigner sur leurs droits et refaire leur vie. Cest l seulement un exemple du pouvoir des droits de lenfant. Le dfi prsent au Canada consiste sassurer que les droits de lenfant sont respects et exercs largement au profit de tous les enfants[33].

La promotion et le respect des droits des enfants renforcent donc leur reconnaissance comme personnes et tres humains part entire capables de faire des choix clairs pour peu quon les y aide.

Les droits des enfants ont beaucoup volu au fil de lhistoire canadienne. Comme il en sera question plus en dtail la partie A du chapitre 2, les enfants ne sont plus considrs comme des objets ou comme une possession, ni non plus comme de simples lments dune cellule familiale. Les enfants daujourdhui sont des personnes part entire. Selon la professeure Anne McGillivray, de lUniversit du Manitoba, cette conception des enfants a mis du temps se dvelopper et nest toujours pas encore entirement comprise ou accepte au Canada et ailleurs dans le monde.

Si les mcanismes internationaux de dfense des droits de la personne se raffermissent toutefois dans le monde moderne, nous devons les incorporer aux lois nationales si nous voulons quils aient la moindre force excutoire.

De nombreux tmoins qui ont comparu devant le Comit ont insist sur le fait que le Canada doit tmoigner dune volont concrte de se conformer cette obligation. Des tmoins comme lavocat Jeffrey Wilson craignent fort que la Convention relative aux droits de lenfant nait pas deffet sur le plan juridique au Canada  que son application soit inefficace et que, par consquent, elle ne soit gure utile pour protger les droits des enfants :

Lorsque jessaie dexpliquer la Convention des enfants de 15, 16 et 17 ans, il y en a toujours un parmi eux [] qui demande :   quoi sert la Convention?  Cest une question valable. [] Il est presque rtrograde pour le Canada davoir, en quelque sorte, une convention qui na pas de caractre excutoire ni deffet juridique pour la distinguer dautres conventions internationales quil a ratifies. [] Les tribunaux semblent considrer quil sagit dune bonne chose mais la Convention nest pas efficace parce quelle nest pas excutoire. Cest un peu comme dire quil existe une convention qui interdit de frapper une femme mais que celle-ci na aucune force obligatoire. Ce serait un document trange[34].

Dans le prsent rapport provisoire et dans le suivi qui en sera fait, le Comit entend faire ressortir ces proccupations relatives la Convention afin damener le Canada sy conformer. Notre rapport vise sensibiliser le Canada, et son Parlement en particulier, la Convention.

 

C. LE PRSENT RAPPORT ET LE TRAVAIL DU COMIT

Le mandat long terme du Comit consiste analyser la situation des droits des enfants au Canada et valuer la situation de groupes particuliers denfants la lumire des obligations faites au Canada en vertu de la Convention relative aux droits de lenfant. cette fin, le Comit a dabord examin le cadre de protection des droits des enfants au Canada.

            1.  tude et un examen en profondeur du contexte canadien

Depuis dcembre 2004, le Comit a tenu Ottawa une srie daudiences trs pousses sur le droit international relatif aux droits des enfants et la faon dont ces obligations internationales sont appliques au Canada. Des universitaires, des juristes, des reprsentants de groupes de dfense et aussi des jeunes ont t appels tmoigner aux fins de cette tude. Plus rcemment, le Comit a galement recueilli le tmoignage de diffrents ministres et ministres fdraux, qui ont abord diffrentes questions relatives la mise en uvre de la Convention et aux droits des enfants en gnral[35].

En plus de ses audiences Ottawa, le Comit a men plusieurs missions dtude ‑  lchelle nationale, pour prendre la mesure des proccupations et besoins particuliers dun bout lautre du pays; et lchelle internationale, pour faire une analyse comparative et un examen approfondi des subtilits des mcanismes internationaux de dfense des droits de la personne et des points de vue internationaux sur la Convention.

En prvision de ses travaux venir, le Comit sest rendu ds le dbut de son mandat Genve, en Suisse, pour rencontrer des reprsentants des Nations Unies et dautres institutions afin de se faire une ide prcise des obligations internationales du Canada relatives aux droits des enfants en vertu de la Convention et des autres instruments onusiens. cette occasion, il a pu assister aux dlibrations du Comit des droits de lenfant et en rencontrer les membres et le prsident, Jaap Doek, afin de connatre leur point de vue sur la Convention et le fonctionnement de lorgane de surveillance et de recueillir leurs observations et leurs critiques lendroit des progrs accomplis par le Canada en ce qui a trait au respect de ses obligations. Le Comit a aussi rencontr le Groupe des ONG pour la Convention relative aux droits de lenfant; des reprsentants du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les rfugis; des reprsentants de lUNICEF (Fonds des Nations Unies pour lenfance) qui collaborent ltude des Nations Unies sur la violence lgard des enfants; des reprsentants de lOrganisation internationale du travail; des reprsentants de lUnion interparlementaire ainsi que Mehr Khan-Williams, haut-commissaire adjoint aux droits de lhomme.

Au cours de cette mme mission dtude, le Comit a aussi fait escale Stockholm, en Sude, o il en a profit pour voir comment un gouvernement aux vues similaires sy prend pour sacquitter des obligations qui lui sont faites en vertu de la Convention de prsenter des rapports et constater le succs relatif de leurs efforts pour intgrer leurs obligations internationales leur droit national. Le Comit a rencontr les membres dun rseau de parlementaires vou la dfense des droits des enfants, de mme que des reprsentants du ministre sudois de la Sant et des Affaires sociales. Enfin, il sest entretenu avec Lena Nyberg, ombudsman des enfants de la Sude, afin den savoir plus sur le fonctionnement de son bureau et la faon dont elle voit la situation des droits des enfants en Sude.

En juin 2005, le Comit a entrepris la premire dune srie daudiences au cours desquelles il sillonnera le pays dun bout lautre afin de recueillir lindispensable point de vue des reprsentants des gouvernements provinciaux, des ombudsman provinciaux, des organismes de service sans but lucratif et des enfants. Entamant sa tourne dans le Canada atlantique   St. Johns (Terre-Neuve); Fredericton (Nouveau-Brunswick); Charlottetown (le‑du‑Prince-douard) et Halifax (Nouvelle-cosse)  le Comit a eu des discussions avec des fonctionnaires au sujet des lois provinciales en vigueur, de leur application, des diffrentes proccupations concernant les droits des enfants, du degr de connaissance de la Convention et des droits des enfants et de la faon dont les lois et les politiques municipales, provinciales et fdrales se rpercutent sur les enfants.

En octobre, le Comit sest rendu au Royaume-Uni pour y poursuivre son tude comparative, tant donn que le cadre parlementaire et lapproche adopte lgard du droit international y prsentent certaines similarits avec la ralit canadienne. Les enjeux auxquels est confront le gouvernement britannique sont en bonne partie les mmes quau Canada, savoir la prise en charge des enfants par le systme de justice pnale et les services de protection de la jeunesse, le chtiment corporel et les taux levs de pauvret chez les enfants. Le Comit a rencontr des chercheurs ainsi que des reprsentants de diffrents ministres et organismes Londres et dimbourg, notamment le Groupe parlementaire multipartite sur les enfants; le Comit mixte des droits de la personne; le Parlement jeunesse cossais et les commissaires aux enfants de lAngleterre et de lcosse. Il a aussi rencontr des reprsentants de divers organismes du secteur bnvole qui lui ont fait part de leur point de vue sur la mise en uvre des droits des enfants et la capacit du gouvernement de respecter ses obligations.

Au cours de cette mission, le Comit sest aussi arrt Oslo, en Norvge, o il a pu constater que ce pays a non seulement donn lexemple en devenant le premier pays  dualiste  au monde dsigner un ombudsman national des enfants en 1981, mais quil tait aussi lunique pays avoir expressment incorpor la Convention relative aux droits de lenfant en adoptant des lois nationales habilitantes[36]. Le Comit a rencontr des fonctionnaires du ministre des Affaires trangres, du ministre de la Justice et du ministre des Enfants et des Affaires de la famille de mme que des chercheurs et des reprsentants dautres organismes, notamment lombudsman des enfants, Save the Children Norway et le Childwatch International Research Network.

Le Comit prvoit poursuivre ses audiences pancanadiennes en 2006.

          2.  Le prsent rapport provisoire

            Le prsent rapport provisoire fait lhistorique et dcrit le contexte des droits des enfants dans le droit canadien et international rgissant les droits de la personne, et traite aussi de lapplication de la Convention dans le droit national. Il passe galement en revue les leons tires et sattarde aux proccupations exprimes par les tmoins propos des difficults dapplication de la Convention par les gouvernements en raison de problmes de comptences, de lapparente hsitation des diffrents paliers de gouvernements respecter la lettre les termes de la Convention, de labsence de normes uniformes, de la trop grande complexit du mcanisme de rapport au Comit des droits de lenfant et de la pitre conscientisation du public lexistence de la Convention et des droits des enfants.

Le Comit publie ses observations et recommandations prliminaires en deux tapes. Laccent est dabord mis sur le processus dapplication du droit international au Canada, une attention particulire tant accorde aux droits des enfants et la Convention relative aux droits de lenfant, mais le Comit examinera ensuite les questions spcifiques touchant les droits des enfants au Canada.

Dans le prsent rapport, le Comit analyse les proccupations des tmoins et recommande un certain nombre de mcanismes pour amliorer la ratification et lintgration par le Canada des dispositions de la Convention relative aux droits de lenfant et, de faon plus gnrale, des traits internationaux portant sur les droits de la personne. Privilgiant une intervention axe sur lutilisation de politiques, de lois et de mesures de sensibilisation, les recommandations du Comit visent une plus grande efficacit et une plus grande responsabilisation.

Le Comit propose aussi des moyens pour amliorer lapplication de la Convention au Canada. En dernire analyse, ce que le Comit demande au gouvernement fdral dans le prsent rapport provisoire, cest de se conformer ses obligations juridiques lgard des enfants en amliorant les institutions, la politique gouvernementale et les lois qui les concernent.


CHAPITRE DEUX HISTOIRE DES DROITS DE LENFANT DANS LE DROIT CANADIEN ET INTERNATIONAL RELATIF AUX DROITS DE LA PERSONNE 

A.  HISTOIRE DES DROITS DE LENFANT AU CANADA

          1.  volution des approches lgard des enfants dans lhistoire

            Lenfance, nos premires annes de vie, a normment volu au fil de lhistoire. Dans le prsent chapitre, le Comit commente certains facteurs desquels dpend lenfance dans le contexte de la socit canadienne.  Si les socits dhier considraient les enfants comme le bien de leurs parents, celles daujourdhui les voient de plus en plus comme des personnes jouissant de leurs propres droits.

Au Moyen-ge, en Europe, lenfance ne durait gure longtemps dans la vie dune personne.  Ds quil atteignait lge de six ou sept ans, un enfant tait considr comme un petit adulte. Il tait prt contribuer au bien-tre conomique de sa famille.

Toutefois, lenfant demeurait sous lautorit de ses parents jusqu ladolescence, il tait considr comme une sorte de bien personnel. lpoque, le droit anglais, ou common law, adopte le principe de  correction raisonnable , qui autorise les parents infliger un chtiment corporel leurs enfants. Les parents pouvaient aussi les vendre comme apprentis.  Au bout du compte, il ny avait pratiquement rien pour protger les enfants contre les abus physiques ou sexuels ou pour empcher quon ne les fasse travailler dans des conditions dangereuses[37]

Cest au XIXe sicle que le rle de lenfant au sein de la socit et de la famille commence changer. Aux tats-Unis, en Grande-Bretagne et au Canada, o soprent des rformes sociales, les gouvernements commencent instaurer des systmes dducation subventionns par ltat et sparer les tribunaux et les tablissements de correction visant les jeunes contrevenants[38]. On voit toujours lenfant comme une composante essentielle du bien-tre conomique de la famille, mais les progrs de la science et de la mdecine accroissent la longvit; on commence alors apprcier la capacit de lenfant de prendre soin de ses parents gs. Le mouvement de  secours aux enfants  voit le jour au XIXe sicle. Mme sils ne sont pas encore des personnes part entire, on distingue de plus en plus les enfants des adultes et lon estime quils ont droit des protections particulires. Ltat invoquait le principe du parens patriae[39] pour prendre en charge les orphelins ou les jeunes dlaisss par leurs tuteurs. Dans le cas des jeunes contrevenants, ltat se prvalait aussi du parens patriae pour protger leur intrt suprieur et prvenir tout comportement destructeur ventuel[40]. Ce modle est devenu si courant  quil a fini par tre lgitim dans la common law et le droit lgislatif de divers pays anglophones [41].Ce nest toutefois pas avant le XXe sicle que la notion denfant en tant que personne commence tre reconnue.

 

          2.  volution des approches lgard des enfants dans lhistoire canadienne

            Au dbut de lpoque coloniale au Canada, les enfants dici avaient plus ou moins le mme statut que ceux dAngleterre et dailleurs en Europe ils taient perus comme la proprit de leurs parents et comme de la main-duvre pouvant contribuer au bien-tre conomique de leur famille. Au XVIIe sicle, en Nouvelle-France, lenfant entrait lge de sept ans dans ce quon appelait la tendre jeunesse et prenait alors des responsabilits dadultes, soit en prenant soin de ses frres et surs plus jeunes ou en participant aux travaux de la ferme. Ses responsabilits augmentaient au fur et mesure quil grandissait, tel point qu la pubert, il tait prt pour le mariage, en thorie. Dans la pratique, toutefois, la plupart des enfants ne franchissaient ce cap quau dbut de la vingtaine. lpoque, en Nouvelle-France, lenfant tait dailleurs vu comme un adulte autonome ds lge de vingt ans[42].

            Dans les colonies britanniques et franaises du XVIIIe et du XIXe sicle, principalement agricoles, on apprciait les enfants pour leur capacit participer aux travaux de la ferme et on les voyait comme des actifs, plutt que comme des passifs. Les Britanniques et Franais de passage dans les colonies trouvaient souvent que les enfants dici semblaient plus indpendants et dbrouillards que ceux dEurope[43].

            Tout comme en Europe, lducation publique stait gnralise la fin du XIXe sicle et, ds 1900, de nombreux enfants frquentaient lcole pour au moins quelques annes. Au mme moment, les enfants dici ont commenc aussi profiter de lvolution des mentalits : on commenait alors penser que lenfance exigeait une protection spciale. Les progrs technologiques sont venus faciliter cette volution. Avec de meilleures routes et de meilleures mthodes agricoles, il devenait plus facile pour les enfants de se rendre lcole sans que leur absence ne nuise au bien-tre du reste de leur famille[44]. Lconomie canadienne tait aussi en pleine volution : la socit dlaissait peu peu lagriculture pour se tourner vers le commerce et lindustrie. Lenfance ntait plus aussi courte, et lducation y tait pour beaucoup. Comme la dclar le professeur Aynsley-Green, commissaire aux enfants pour lAngleterre, dans ses commentaires sur le rle de lducation, avec larrive de lindustrialisation en Angleterre, on a commenc donner aux enfants  le temps de vivre leur enfance [45].

Le passage graduel de  bien   personne  a aussi modifi la faon dont ltat voit lenfant et la faon dont la lgislation touche les enfants au Canada. Jusqu la fin du XIXe sicle, les enfants ntaient pas protgs titre de personnes en vertu de la loi, mais ltaient au sein de leur famille et, plus particulirement, par leur pre. Au fur et mesure quil les reconnaissait comme des personnes part entire, ltat a commenc jouer un rle plus protecteur et soustraire les enfants de leur milieu familial sil nuisait leur bien-tre. Auparavant, ltat hsitait simmiscer dans la vie prive des familles; primait alors le droit des parents sur leurs enfants.

 

          3.  Histoire de la protection et du bien-tre de lenfant au Canada

            Au fur et mesure que ltat intervenait davantage dans les affaires de la famille, les gouvernements ont commenc sinvestir dans les normes de sant, les conditions de travail et lducation tout en insistant sur la protection de lenfant contre les abus et la ngligence[46]. Ltat a commenc rdiger des mesures lgislatives confrant la fois aux agences de protection de lenfant et ltat le pouvoir de soustraire un enfant dun foyer o il y a violence, de le placer en famille daccueil et de porter des causes devant le tribunal de la famille. Ces mesures reconnaissaient le rle des parents titre de premiers tuteurs mais maintenaient aussi la capacit de ltat de restreindre lautorit parentale ou dy droger dans les cas o les parents taient incapables dassumer leurs responsabilits[47].

Au Canada, lorigine des lois visant protger les enfants remonte 1893, anne o Toronto cre la premire socit daide lenfance et o le gouvernement de lOntario adopte la Loi pour la prvention de la cruaut et de la protection des enfants[48].Il sagissait l de la premire loi sur la protection des enfants au Canada elle faisait des mauvais traitements infligs aux enfants un acte criminel, encourageait le placement en famille daccueil, soutenait les socits daide lenfance et leur confrait un pouvoir de tutelle et tablissait le Bureau du protecteur des enfants ngligs[49]. La socit aussi changeait dattitude : les parents commenaient accorder plus dimportance lducation officielle et reconnaissaient que les enfants devaient avoir la possibilit de grandir sans souffrir. la fin du XIXe sicle, nombre de municipalits avaient tabli des socits daide lenfance et au dbut du XXe, toutes les provinces canadiennes avaient adopt des lois sur le bien-tre de lenfant[50].

[Au cours du XIXe sicle,] des ides modernes sur la protection des enfants ont vu le jour. Des organismes daide lenfance et de protection des enfants se voyaient investis du droit de retirer des enfants de la garde paternelle. Des travailleurs sociaux professionnels ont commenc prendre le relais des amateurs au dbut du XXe sicle[51]

 

            Les annes 1960 marquent une sensibilisation croissante sur la question de svices envers les enfants et lon commence signaler les cas de violence et de ngligence[52]. La mme chose se produit pour les signalements dabus sexuel dans les annes 1970 et 1980. Paralllement, les lois commencent changer. Comme la dclar professeure McGillivray,  les rvlations concernant les agressions physiques et sexuelles denfants ont donn lieu ladoption de lois davantage axes sur les enfants dans le Code criminel et des mesures lgislatives provinciales sur le bien-tre des enfants [53].

Jusqualors, la prvention navait gure de place dans les politiques ou les programmes des services de protection de lenfance.  On ne sattardait pas non plus la notion des droits de lenfant et lon ne faisait gure participer les enfants aux procs, o les tribunaux prenaient des dcisions ayant un impact considrable sur leur avenir [54].  Au bout du compte, on avisait les services de protection de lenfance uniquement lorsque les familles narrivaient pas offrir les normes minimales de soins, alors quaujourdhui, on doit le faire ds quelles enfreignent certains critres clairement tablis.

          4.  Droits de lenfant dans les lois sur la protection et le bien-tre de lenfant

Le concept selon lequel les enfants sont des personnes part entire, plutt que des objets de bien-tre, ne sest pas gnralis avant la fin de la Deuxime Guerre mondiale et,  jusqu tout rcemment, lexpression  droits des enfants  tait un non-sens, une contradiction en soi - les enfants nont pas de droits parce quils sont des enfants [55]. Les enfants, de leur propre chef, navaient pas le droit de demander protection et soin de leurs parents.

Dans la dernire moiti du XXe sicle, le concept de droits de la personne sest raffin et celui de droits de lenfant en tant quindividu a culmin avec la rdaction de la Convention relative aux droits de lenfant. Selon lapproche axe sur les droits, les enfants taient vus comme des citoyens part entire ayant droit un minimum du bien commun[56]. Cette approche, qui reconnaissait les enfants comme participants part entire, aux cts de leurs parents et de ltat, exigeait des adultes quils justifient leurs actes lgard des enfants en se fondant sur la raison, en favorisant au maximum le bien commun et en tenant compte de la rationalit et des prfrences de lenfant. Lapproche axe sur les droits faisait galement ressortir limportance de  lintrt suprieur  de lenfant et obligeait les parents et ltat privilgier le bien de lenfant plutt que dopter pour la solution la plus facile ou la plus pratique.

La communaut internationale tant de plus en plus sensibilise aux droits de la personne, tel quen tmoigne ici la rdaction de la Charte canadienne des droits et liberts[57], les provinces ont rvis et modifi leurs lois sur la protection et le bien-tre des enfants la fin des annes 1980 et dans les annes 1990. De nos jours, toutes les lois provinciales et territoriales exigent de toute tierce partie ayant connaissance dactes de violence ou de ngligence lendroit dun enfant quelle les signale la police et aux agences de protection de lenfance. 

 

B.  HISTORIQUE DE LA CONVENTION RELATIVE AUX DROITS DE LENFANT

          1.  Origine des droits de lenfant dans le droit international

            On sentend gnralement pour dire que lhistoire des droits de lenfant sur la scne internationale remonte 1924 et met en scne lUnion internationale de secours aux enfants (UISE). tabli Genve, cet organisme a t fond par lAnglaise Eglantyne Jebb peu aprs la Premire Guerre mondiale. LUISE a rdig la premire Dclaration des droits de lenfant[58]en 1924, que la Socit des Nations a adopte la mme anne. La Dclaration de 1924 tablissait le concept des droits de lenfant lchelle internationale et jetait les bases de futurs instruments juridiques internationaux en matire de droits de lenfant. Elle tait brve, ne contenait que cinq principes et na jamais t intgre au droit international. Elle a toutefois attir lattention sur les droits sociaux et conomiques des enfants et fait le lien entre le bien‑tre et les droits de lenfant[59].

La dclaration internationale suivante a paru aprs la Deuxime Guerre mondiale. En mars 1959, 21 gouvernements ont prsent au secrtaire gnral des Nations Unies leurs observations sur la rdaction de la Dclaration des droits de lenfant de 1959[60]. Le Conseil conomique et social de la Commission sociale de lONU a rdig la premire bauche. Le 20 novembre 1959, lAssemble gnrale de lONU a adopt la Dclaration lunanimit, sans abstention. Bien que la Dclaration de 1959 ne ft pas juridiquement contraignante, son adoption lunanimit par lAssemble gnrale lui a donn plus de poids que toute autre rsolution de lAssemble gnrale et une influence morale considrable[61].

Comme la Dclaration de 1924, celle de 1959 tait brve; elle contenait un prambule et 10 principes dont les suivants : lenfant doit pouvoir se dvelopper normalement et sainement, dans des conditions de dignit (principe 2); lenfant physiquement, socialement ou intellectuellement dfavoris doit recevoir le traitement, lducation et les soins spciaux que ncessite son tat ou sa situation (principe 5); lintrt suprieur de lenfant doit tre le guide de ceux qui sont responsables de lui (principe 7); lenfant doit tre protg contre toute forme de ngligence, de cruaut et dexploitation (principe 9); lenfant doit tre protg contre les pratiques qui peuvent pousser la discrimination (principe 10). 

La Dclaration de 1959 marque un tournant dans la protection des droits des enfants. Contrairement la Dclaration de 1924, qui traitait les enfants comme des objets du droit international et portait  essentiellement sur le droit lassistance sociale [62], la nouvelle Dclaration ne traite plus les enfants comme des tres passifs qui on accorde des droits; ils sont dsormais des sujets capables de jouir des avantages qui dcoulent de droits et de liberts prcis[63]. Par contre, aucune des deux dclarations navait de mcanisme dexcution. 

Compte tenu des ralits gopolitiques de lpoque, beaucoup dtats se mfiaient dun trait contraignant sur les droits de lenfant. Ce nest que 20 ans plus tard que certains tats ont cess de sy opposer. Bien que les tats parties de lONU demeuraient hsitants[64], ils nen ont pas moins reconnu que les enfants devaient faire lobjet dun ensemble particulier de droits et de mesures de protection. 

 

          2.  laboration de la Convention relative aux droits de lenfant

Par la suite, des actions visant llaboration dune convention internationale sur les droits de lenfant ont t entreprises lorsque lONU a proclam 1979 Anne internationale de lenfant pour marquer le 20e anniversaire de la Dclaration de 1959. La Pologne a amorc le processus en prsentant une premire bauche de la Convention la Commission des droits de lhomme en 1978, dans lespoir que lAssemble gnrale fasse concider ladoption de cet instrument avec lAnne internationale de lenfant[65]. Cette bauche tait presque identique la Dclaration de 1959, sauf quelle comportait un bref mcanisme dexcution. La dlgation polonaise tait dirige par M. Adam Lopatka, alors vice-prsident de la Commission des droits de lhomme de lONU. La premire bauche a finalement t rejete parce quelle ne se prtait pas suffisamment linterprtation juridique et pouvait difficilement tre mise en uvre. De plus, les gouvernements des pays de lOuest se proccupaient surtout des droits civils et politiques, tandis que les pays sovitiques privilgiaient les droits conomiques, sociaux et culturels[66]. La Commission des droits de lhomme a malgr tout demand au secrtaire gnral de lONU de recueillir les vues, observations et suggestions des tats membres; des mmoires ont ainsi t prsents par 28 pays, 4 organismes spcialiss et 15 organisations non gouvernementales (ONG)[67].

En 1979, la Commission des droits de lhomme a mis sur pied un groupe de travail composition non limite prsid par M. Lopatka et charg de ngocier et de rdiger la Convention. La nature ouverte du groupe de travail a permis des tats non reprsents au sein de la Commission de participer au processus de rdaction[68].

Linstauration de la Convention relative aux droits de lenfant tait un projet ambitieux et complexe[69]. La rdaction de la Convention sest effectue de mars 1978 mars 1989. Elle a donc pris onze ans. Ds le dpart, les membres du groupe de travail avaient fix les objectifs suivants pour la Convention[70] :

        Prvoir dans un instrument international de nouveaux droits de lenfant dans les cas o ces droits nexistent pas, notamment le droit de prserver son identit et le droit des enfants autochtones davoir leur propre culture.

        Enchsser dans un trait mondial les droits qui ntaient auparavant reconnus ou prciss que dans la jurisprudence en vertu de traits rgionaux en matire de droits de la personne.

        tablir des normes contraignantes touchant les domaines o il ny avait que des recommandations non contraignantes, notamment des garanties relatives aux procdures dadoption et les droits des enfants ayant un handicap intellectuel ou physique.

        Imposer de nouvelles obligations relatives au bien-tre et la protection des enfants, y compris lobligation qua un tat de prendre les mesures ncessaires pour abolir les pratiques ancestrales qui posent un risque la sant des enfants et pour offrir des services de radaptation aux enfants victimes dabandon, de svices et dexploitation. 

        Enchsser le principe de non-discrimination et obliger les tats parties cesser de faire preuve de discrimination envers les enfants en les empchant de jouir des droits prvus dans la Convention. 

 

Mme si de nombreux reprsentants auprs des Nations Unies espraient que la rdaction de la Convention soit termine temps pour lAnne internationale de lenfant, les premires runions du groupe de travail ont fait clairement comprendre que ce serait impossible tant donn que les questions rgler taient trs nombreuses et varies. Finalement, le groupe de travail a jug quil tait plus important de rdiger une Convention exhaustive, portant sur tous les aspects des droits de lenfant, que de conclure les ngociations rapidement pour des considrations symboliques. La longueur du processus de rdaction de la Convention tait aussi due en partie au peu dintrt manifest par de nombreux tats membres de lONU qui taient occups par les ngociations relatives la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dgradants[71] qui se droulaient en mme temps[72]. Les ngociations portant sur la Convention relative aux droits de lenfant nont vritablement commenc quen 1983. Au cours de chaque session annuelle, le groupe de travail adoptait plusieurs articles de lbauche. Les progrs taient lents malgr les efforts du groupe de travail pour terminer la rdaction du document pendant lanne suivant chaque runion annuelle.  Cest intressant de noter que les tats-unis ont jou un rle permanent dans les ngociations insistant sur linclusion des articles garantissant les droits civils des enfants en partie pour dfier la promotion des droits sociaux et conomiques du Bloc de lEst.

Finalement, il a fallu arriver des compromis pour pouvoir terminer la rdaction lorsque les participants ont compris que le document devait avoir une porte universelle et pouvoir rsister lexamen de la communaut internationale. Bien que les ngociations relatives au projet de convention aient pris beaucoup plus de temps que prvu, une fois termines, lAssemble gnrale a adopt le document lunanimit.

 

          3.  Participation des organisations non gouvernementales

Ds le dpart, les ONG ont particip au processus de rdaction de la Convention[73], mais elles nont pas jou de rle important avant 1984, lorsquelles ont form le Groupe spcial des ONGcharg de la rdaction de la convention relative aux droits de lenfant (Groupe des ONG), dirig par Dfense des enfants - International, une ONG de Genve. Le Groupe des ONG a prsent des rapports au groupe de travail, donn son appui certains articles de la Convention et formul des recommandations critiques sur la modification ou lamlioration dautres articles. Les articles quil a appuys portaient notamment sur des questions qui navaient pas t abordes dans la premire bauche prsente par la Pologne, notamment les articles visant la protection des enfants contre lexploitation sexuelle, le trafic, la torture et les conflits arms. Le Groupe des ONG a galement exerc des pressions pour que larticle sur la justice pnale pour les adolescents soit divis de manire former deux articles distincts. Il a galement insist sur lutilisation dun langage non sexiste dans la Convention et milit en faveur de lallaitement et contre les pratiques ancestrales nfastes telles que la mutilation gnitale des femmes. Il na toutefois pas russi faire inclure des dispositions sur les droits des enfants dplacs lintrieur de leur pays, la protection des enfants contre lexprimentation mdicale et laugmentation de lge minimum (de 15 18 ans) auquel un jeune peut participer des combats arms[74]

Au dpart, certaines dlgations avaient des rserves au sujet de la participation des ONG; la fin, toutefois, la plupart ont reconnu limportance des ONG dans ce processus[75]. Une fois au point, la Convention reprsentait le trait international en matire de droits de la personne le plus complet de lhistoire, portant tant sur les droits conomiques, sociaux et culturels que sur les droits civils et politiques. Le Groupe des ONG est toujours actif aujourdhui et ses membres continuent travailler en collaboration afin de faciliter la mise en uvre de la Convention relative aux droits de lenfant.   

 

          4.  Protocoles facultatifs la Convention relative aux droits de lenfant

            La Convention est assortie de deux protocoles facultatifs. Il sagit essentiellement de traits auxiliaires portant sur une question prcise aborde dans la Convention.

Le premier protocole facultatif, qui concerne la vente denfants, la prostitution des enfants et la pornographie mettant en scne des enfants[76], est entr en vigueur le 18 janvier 2004. Il largit les mesures de protection consenties aux enfants par les articles 1, 11, 21 et 32 36 de la Convention. Il dcoule des proccupations croissantes au sujet de lexploitation sexuelle des enfants et reconnat les conditions sous-jacentes, notamment la pauvret et le manque daccs lducation, qui la favorisent. En novembre 2005, 100 pays avaient ratifi le protocole facultatif concernant la vente denfants[77].

            Le deuxime protocole facultatif, qui concerne la participation denfants aux conflits arms[78], est entr en vigueur le 12 fvrier 2002. Larticle 38 de la Convention interdit denrler dans les forces armes toute personne de moins de 15 ans. Le groupe de travail esprait faire passer cet ge 18 ans, de manire se conformer larticle premier de la Convention, mais de nombreux tats sy sont opposs. Si des membres du groupe de travail avaient insist pour hausser lge denrlement, les ngociations relatives la Convention auraient pu tre rompues. Linstauration du Protocole facultatif concernant la participation denfants aux conflits arms visait encourager les tats hausser lge du recrutement forc au sein des forces armes de manire quil corresponde lge tabli dans le reste de la Convention. Au moment de la ratification de ce protocole, les tats parties doivent indiquer lge quils autorisent pour lenrlement volontaire au sein de leurs forces armes et garantir que personne ne pourra sengager dans des hostilits avant lge de 18 ans.  En novembre 2005, 101 pays avaient ratifi ce protocole facultatif[79].

            Les tats parties au trait principal ont le choix de signer ou non les protocoles facultatifs, ou linverse. Par exemple, les tats-Unis, qui nont pas ratifi la Convention relative aux droits de lenfant, ont sign et ratifi le Protocole facultatif concernant la vente denfants, la prostitution des enfants et la pornographie mettant en scne des enfants.

 

          5.  Le Comit sur les droits de lenfant

Larticle 43 de la Convention prvoit ltablissement du Comit des droits de lenfant charg de surveiller la mise en uvre de la Convention au sein des tats parties. Le Comit des droits de lenfant est lun des sept organes de lONU crs en vertu de traits relatifs aux droits de la personne[80]. Tous les tats qui ont ratifi la Convention sont tenus de prsenter des rapports priodiques au Comit des droits de lenfant qui est aujourdhui form de 18 spcialistes indpendants auparavant, ils taient 10 provenant dtats membres de lONU, et qui compte parmi ses membres David Brent Parfitt, un Canadien. Chaque spcialiste indpendant lu remplit un mandat de quatre ans.  

Le Comit des droits de lenfant est tabli Genve et se runit trois fois par anne dans le cadre de sessions de quatre semaines chacune. En plus dexaminer les rapports priodiques des tats et de publier des Observations finales, il tient des discussions gnrales sur des questions se rattachant aux droits de lenfant, par exemple lexploitation conomique des enfants, les droits de lenfant dans le contexte familial, les droits de la fille et les jeunes contrevenants. Ces discussions thmatiques ont lieu environ une fois par anne; elles peuvent donner lieu des demandes dtudes et servir de fondement des travaux dinterprtation des articles de la Convention. LONU ne soccupe toutefois pas de plaintes individuelles.

Les tats parties la Convention sont tenus de prsenter au Comit des droits de lenfant un rapport sur la mise en uvre de cet instrument dans les deux ans suivant la ratification et sur une base quinquennale par la suite. Aprs avoir tudi les rapports priodiques, le Comit de lONU adopte des Observations finales; il sagit de dclarations sur lexamen du rapport dun tat qui contiennent des observations au sujet des progrs accomplis dans la mise en uvre de la Convention ainsi que des recommandations visant des amliorations dans les secteurs o ltat accuse du retard. Les Observations finales nont aucun effet juridique, mais ont plutt un caractre moral et persuasif. Mme si les tats parties nont aucune obligation juridique de donner suite aux recommandations du Comit de lONU, celui-ci les encourage rendre leur processus dtablissement de rapports transparent et publier leur rapport afin de susciter des dbats publics sur la Convention.

En plus de surveiller le respect de la Convention, le Comit des droits de lenfant est galement charg de surveiller le respect des deux protocoles facultatifs la Convention. Ils doivent intgrer leurs rapports priodiques sur la Convention dans son ensemble des rapports sur la mise en uvre des protocoles facultatifs.  En 2004, le Canada a accept de faire rapport sur la mise en uvre de son Plan dAction National,  Un Canada digne des enfants .

          6.  Nature particulire de la Convention relative aux droits de lenfant

La Convention relative aux droits de lenfant a une place part parmi les traits en matire de droits de la personne. Le fait quelle a t gnralement bien accueillie par la communaut internationale, qui sest empresse de la ratifier afin quelle entre en vigueur, tmoigne de limportance que tous les pays accordent aux enfants. Plus prcisment, la Convention est intressante pour les raisons suivantes[81]:

         Elle contient plus de mesures de protection des droits que tout autre trait international en matire de droits de la personne.   

         Sa mise en uvre tablit une nouvelle norme de surveillance de la conformit.

         Les circonstances entourant la rdaction de la Convention taient inhabituelles en raison des relations dlicates entre intervenants des gouvernements et membres des ONG. 

         La Convention a t accepte avec un remarquable enthousiasme par la communaut internationale.

 

            En ce qui a trait aux droits de lenfant, la Convention est le premier instrument dans lequel les besoins et les intrts de lenfant sont  expressment noncs comme des droits de la personne [82].

 

          7.  Le Canada et la Convention relative aux droits de lenfant

Comme il a t mentionn prcdemment, le Canada a jou un rle important dans la rdaction et la promotion de la Convention. De 1980 1989, il a aid plus de 40 pays aux traditions religieuses, idologiques, culturelles et politiques varies travailler de concert la production de la Convention[83]. Lors de la premire runion du groupe de travail, en fvrier 1979, le Canada a propos que le prambule de la Convention reprenne les premiers paragraphes du prambule du Pacte international relatif aux droits civils et politiques[84] et du Pacte international relatif aux droits conomiques, sociaux et culturels[85]. Sa proposition a t accepte, ce qui a permis au Canada de continuer jouer un rle dterminant dans le cadre des ngociations[86]. linstar de ses allis occidentaux, le Canada craignait au dpart que la Convention ne protge pas suffisamment les droits civils et politiques des enfants[87]. Toutefois, la proposition du Canada visant mentionner la fois les droits civils et politiques et les droits conomiques, sociaux et culturels a permis dallger les tensions entre les pays occidentaux et les pays de lEst.  

Le Canada a prsid les groupes de rdaction des articles 15 et 16 et ses propositions ont permis dharmoniser le texte avec dautres conventions. La Canada a galement prsid le groupe de rdaction de larticle 19 portant sur le droit des enfants dtre protgs contre les brutalits et labandon. En outre, ses propositions au sujet des articles 3 et 5 ont t acceptes au moment de la rdaction finale. Enfin, le Canada a contribu la rdaction de propositions sur les articles concernant la mutilation gnitale des femmes et les procdures de surveillance du respect de la Convention. 

La ratification de la Convention au Canada tait plus complexe que dans les pays non fdraux. En 1976, des fonctionnaires fdraux et provinciaux responsables des droits de la personne se sont runis afin de former un comit charg daider les gouvernements rpondre au groupe de travail de lONU soccupant de la rdaction de la Convention[88]. En 1982, un groupe de travail fdral-provincial-territorial a t cr afin dexaminer les progrs accomplis sur le plan de la rdaction de la Convention et de donner des conseils la dlgation canadienne. Ce groupe de travail a men ses activits jusquen 1988[89].

Avant de signer la Convention, les gouvernements fdral et provinciaux en ont examin les dispositions dans le but de modifier la lgislation au besoin pour assurer la conformit avec la Convention. Afin de faciliter la coordination intergouvernementale relative la mise en uvre de la Convention et la prsentation de rapports au Comit des droits de lenfant, les gouvernements fdral et provinciaux ont confi le dossier au Comit permanent des fonctionnaires chargs des droits de la personne, qui relevait du ministre du Patrimoine canadien.

En ce qui concerne la Convention relative aux droits de lenfant, le Comit permanent a institu un sous-comit fdral-provincial-territorial officieux pour suivre les progrs raliss au cours des sances de ngociations antrieures et pour peaufiner, au besoin, les positions canadiennes. Enfin ce modle sest avr exceptionnel, parce quil permet au Canada de signer et de ratifier trs rapidement un trait relativement complexe[90].

 

Le Canada a pu ratifier la Convention aprs que lensemble des provinces et des territoires ont fait parvenir au gouvernement des lettres confirmant leur appui la Convention.


CHAPITRE TROIS TRAITS INTERNATIONAUX ET DROIT NATIONAL : PROCESSUS DE MISE EN UVRE

A. RATIFICATION

Lorgane excutif du gouvernement fdral a le pouvoir de signer et de ratifier les traits internationaux. Ce pouvoir nest pas expressment circonscrit dans la Constitution du Canada, puisquil dcoule plutt de la prrogative royale. Le Cabinet prpare un dcret autorisant le ministre des Affaires trangres signer un instrument de ratification. Une fois que cet instrument est dpos auprs de l'administration comptente, le Canada est rput avoir ratifi la convention[91].

Le Parlement, qui reprsente lorgane lgislatif, nintervient pas dans ce processus. Il na actuellement aucun rle officiel y jouer et nest nullement tenu selon la loi dapprouver ou dtudier un trait avant sa ratification. En fait, le Parlement nest pas inform des activits de ngociation dun trait qui sont entreprises et il nest pas consult au sujet de llaboration, du cot, du bien-fond ou de lincidence de linstrument. Il est rare que le gouvernement dpose au Parlement les traits quil a ratifis. En consquence, les traits internationaux relatifs aux droits de la personne qui ne sont pas directement intgrs aux lois nationales chappent lexamen parlementaire[92].

 

B. RSERVES

Au moment de la ratification, lorgane excutif a aussi le pouvoir de formuler des rserves propos des traits internationaux. Une rserve sentend dune dclaration unilatrale, quel que soit son libell ou sa dsignation, faite par un tat quand il signe, ratifie, accepte ou approuve un trait ou y adhre, par laquelle il vise exclure ou modifier lapplication de certaines dispositions du trait sur son territoire[93]. La rserve a pour but de permettre un tat de ratifier un instrument international afin de laisser le document consensuel suivre son cours, mme sil reconnat quune disposition particulire de cet instrument va lencontre de lintrt suprieur du pays. Bien que la Convention de Vienne dcourage les tats de formuler des rserves[94] et quelle prcise que les rserves  doivent tre compatibles avec le but et l'objectif poursuivis par le trait[95] , en bout de ligne, les rserves permettent la communaut internationale den arriver un compromis  puisquelles encouragent la participation du plus grand nombre dtats possible en leur permettant de protger des intrts nationaux importants sans compromettre pour autant lintgrit du trait[96].

Il savre que les derniers gouvernements du Canada se sont opposs lide de formuler des rserves lgard de traits sur les droits de la personne parce quil croit que leur application doit permettre la mise en place de rgimes universels de prfrence un ensemble de programmes juridiques diffrents pour chaque tat[97]. Comme la soulign John Holmes du ministre des Affaires trangres et du Commerce international lorsquil a comparu devant le Comit en 2002,  cela irait lencontre de la position du Canada qui veut que les rserves aux traits relatifs aux droits de la personne soient limites en nombre et en porte, tant donn que les droits protgs par ces traits doivent tre universels et obligatoires [98].

C. APPLICATION ET MISE EN UVRE

Les fonctionnaires et les universitaires qui ont comparu devant le Comit aux fins de la prsente tude et du rapport Des promesses tenir, ont donn un aperu assez dtaill du processus de mise en uvre des traits internationaux dans le droit national. Ils ont fait ressortir le fait que le Canada fonctionne selon un modle  dualiste  semblable celui de nombreux autres pays du Commonwealth lorsque vient le temps dintgrer les traits internationaux au droit national et de les appliquer. Ainsi, un trait qui a t sign et ratifi par le gouvernement canadien doit tre intgr aux lois nationales pour pouvoir effectivement sappliquer lchelle du pays  ce processus n'est ni excutoire, ni automatique[99], et se distingue du modle moniste en vigueur dans des pays comme les tats-Unis, o une fois que le Congrs a ratifi un trait, cet instrument est applicable dans le droit amricain[100]. Comme la indiqu Maxwell Yalden, ex‑membre du Comit des droits de lhomme des Nations Unies,  le Canada est un pays dualiste dans lequel on doit normalement lgifrer pour intgrer un trait international au droit canadien afin de pouvoir linvoquer devant un tribunal [101]. Malgr la croyance populaire, la signature et la ratification dun trait ont peu de rpercussions juridiques, sil y en a, sur le droit national.

            Des tmoins des ministres de la Justice et des Affaires trangres ont soulign que le gouvernement canadien a essentiellement deux approches lgard de la mise en uvre des conventions internationales lchelle nationale. Dans certains cas, il laborera une loi spciale pour faire appliquer un instrument international particulier lchelle nationale. Cest ce quil a fait dans le cas du Statut de Rome de la Cour pnale internationale[102], mis en application au Canada par le biais de la Loi sur les crimes contre lhumanit et les crimes de guerre[103], de la Convention des Nations Unies sur linterdiction de lemploi, du stockage, de la production et du transfert des mines antipersonnel et sur leur destruction[104], mise en application par le biais de la Loi de mise en uvre de la Convention sur les mines antipersonnel[105] et des Conventions de Genve pour la protection des victimes de guerre, mises en application par le biais de la Loi sur les Conventions de Genve[106].

            Lautre approche consiste viter dlaborer une loi habilitante spciale et sen remettre plutt aux lois nationales en vigueur que lon prsume dj conformes aux proccupations nonces dans le trait international. Lorsquils optent pour cette solution, les reprsentants du gouvernement examinent et analysent dabord la loi existante avant de ratifier le trait pour dterminer sil y a lieu de la modifier ou den adopter une nouvelle pour se conformer aux obligations dcoulant du trait en question[107]. Comme la expliqu Irit Weiser, ex‑directrice de la Section des droits de la personne au ministre de la Justice, lors de sa comparution devant le Comit en 2001,

 

avant la ratification, les fonctionnaires du ministre de la Justice consultent des collgues dautres ministres fdraux, dautres organismes, des gouvernements provinciaux et territoriaux, par lintermdiaire du comit permanent; ils consultent en outre des groupes autochtones et dautres groupes non gouvernementaux. Ces consultations permettent de dterminer plusieurs facteurs. Elles permettent de voir si les lois et les politiques canadiennes existantes sont dj conformes aux obligations dcoulant des traits. Elles permettent de dterminer sil y a un manque de compatibilit et, dans ce cas, de dcider si une nouvelle lgislation ou de nouvelles politiques devraient tre adoptes ou si les lois et politiques existantes devraient tre modifies. Elles permettent enfin de dterminer sil convient de maintenir la position du Canada mme si elle nest pas conforme aux dispositions du trait et dmettre une rserve ou de faire une dclaration officielle[108].

            Cette dernire mthode semble tre lapproche couramment adopte par le Canada lgard tout particulirement des traits internationaux relatifs aux droits de la personne. La politique du gouvernement fdral ce chapitre est nonce dans le Document de base formant partie intgrante des rapports des tats parties : Canada[109], qui fait partie des rapports priodiques que le Canada doit prsenter aux Nations Unies conformment aux traits internationaux relatifs aux droits de la personne :

 

Certaines questions relatives aux droits de lhomme relvent de la comptence fdrale, d'autres des comptences provinciales et territoriales. Par consquent, les traits correspondants sont mis en oeuvre par des mesures lgislatives et administratives des divers gouvernements canadiens. Il est rare qu'une instance gouvernementale promulgue une loi qui incorpore dans le droit national une convention internationale relative aux droits de l'homme (sauf certains traits particuliers comme les Conventions de Genve de 1949 pour la protection des victimes de guerre). De nombreuses lois et politiques, adoptes par les gouvernements fdral, provinciaux et territoriaux, contribuent plutt ce que le Canada s'acquitte de ses obligations internationales en matire de droits de lhomme[110].

            Les traits internationaux relatifs aux droits de la personne sont donc rarement intgrs directement au droit canadien. Ils sont plutt appliqus indirectement, au sens o lon vrifie la conformit des lois dj en vigueur aux obligations dcoulant dune convention particulire. Le Comit remarque toutefois que ce processus de vrification incombe au gouvernement lui-mme. Lapproche du Canada en la   matire se fonde donc sur lvaluation que fait le gouvernement de sa propre conformit aux dispositions de linstrument international.

            Il importe de noter que les pouvoirs de ngocier et de ratifier des traits du gouvernement fdral ne confrent pas au Parlement la comptence exclusive dadopter les lois ncessaires la mise en uvre des obligations juridiques du Canada en vertu de traits internationaux. La dlimitation des champs de comptence prvue dans la Loi constitutionnelle de 1867 restreint considrablement ce pouvoir. Comme la soulign le Conseil priv dans le Renvoi sur les conventions de travail de 1937, qui fait autorit en la matire, la ncessit pour le gouvernement fdral de donner suite aux engagements pris en vertu dun trait international ne peut tre invoque comme raison pour justifier un empitement du gouvernement fdral dans des sphres de comptence provinciales[111].

En consquence, la responsabilit de lapplication du droit international relve souvent des gouvernements fdral, provinciaux et territoriaux, lorsque les lois et les politiques provinciales sont touches. Cette responsabilit partage est particulirement vidente dans le cas de la Convention relative aux droits de lenfant. Comme la soulign Wayne MacKay, professeur de lUniversit de Dalhousie,

le gouvernement fdral a sign la Convention relative aux droits de lenfant qui fait du Canada un tat responsable du respect des engagements pris. Cependant, selon notre rgime constitutionnel, ce sont les provinces et les territoires qui sont responsables du respect de ces engagements.

Comme le Renvoi sur les conventions de travail  le confirme, le gouvernement fdral ne peut pas faire appliquer ces obligations[112].

            Des reprsentants du gouvernement ont soulign lors de leur tmoignage que cette obligation dobtenir la collaboration des provinces pour pouvoir pleinement donner suite aux obligations internationales du Canada a parfois pos des problmes par le pass. Le gouvernement fdral a adopt comme politique de consulter les provinces et les territoires avant de signer et de ratifier des traits sur des questions relevant de leur comptence afin de remdier ce problme complexe. Dans le cas des traits relatifs aux droits de la personne, cette pratique a t officialise en 1975 dans un accord conclu lors dune rencontre des ministres fdral et provinciaux responsables des droits de la personne, qui prvoit notamment la cration dun Comit permanent fdral-provincial-territorial des fonctionnaires chargs des droits de la personne[113]. Lhonorable Irwin Cotler, ministre de la Justice, a dcrit lapproche du gouvernement lgard de ces consultations en ces termes :

            Le Canada tant un tat fdral o de nombreux domaines relvent de la   comptence des provinces ou sont partags entre les deux ordres de        gouvernement, nous sommes trs conscients de limportance de la collaboration             avec les provinces et les territoires, aussi bien avant quaprs la ratification dun     instrument international, afin de garantir que le Canada respecte entirement ses        obligations internationales[114].

 

            Pourtant, mme lorsque ces consultations et la collaboration des diffrentes instances savrent difficiles, le professeur Peter Leuprecht de lUniversit du Qubec Montral et Maxwell Yalden ont insist sur le fait quune fois que le Canada a ratifi un trait international, le manque de comptence fdrale nest pas une excuse valable pour justifier lincapacit dun pays se conformer ses obligations internationales. Cette position est claire en droit international, comme en tmoigne la Convention de Vienne sur le droit des traits :

 

Article 26 Tout trait en vigueur lie les parties et doit tre excut par elles de bonne foi.

Article 27 Une partie ne peut invoquer les dispositions de son droit interne comme justifiant la non-excution dun trait. Cette rgle est sans prjudice de larticle 46.

            Cette prsomption de bonne foi signifie quil doit tre dans lintention des tats de faire entrer en vigueur les traits quils ratifient notamment, par leur mise en en oeuvre. Leur signature nest pas une simple formalit, elle saccompagne de responsabilits relles en ce qui concerne le respect effectif de leurs obligations internationales au mieux de leur capacit[115]. Lincapacit dun tat partie de mettre en oeuvre des moyens dexcution suffisants constitue une drogation au trait. Cet argument est soulign dans laffaire Arieh Hollis Waldman c. Canada[116], o le Comit des droits de lhomme des Nations Unies reprochait au gouvernement fdral davoir contrevenu la disposition du Pacte international relatif aux droits civils et politiques visant garantir lgalit, en permettant le financement par lOntario dun rseau dcoles catholiques spares  malgr le fait que larticle 93 de la Loi constitutionnelle de 1867[117]autorise ce traitement de faveur.

            Cest aussi la position quadopte le Comit des droits de lenfant de lONU. Il a dit au Comit quil sattendait ce que le gouvernement fdral observe la Convention mme sil lui est difficile de veiller ce que toutes les lois fdrales, provinciales et territoriales y soient conformes. Le Comit de lONU considre les questions de comptences mixtes du Canada comme une difficult interne et conclut, dans ses Observations finales :

Le Comit relve que lapplication d'une bonne partie des dispositions de la Convention est du ressort des provinces et territoires et sinquite de ce que cela peut conduire, dans certains cas, des situations o les normes minimales de la Convention ne sont pas appliques tous les enfants du fait de diffrences au niveau des provinces et territoires.

 

Le Comit en appelle au gouvernement fdral pour quil veille ce que les provinces et territoires soient conscients des obligations qu'ils tirent de la Convention et du fait que les droits qui y sont consacrs doivent tre mis en uvre dans l'ensemble des provinces et territoires, par le biais de mesures appropries, lgislatives, politiques et autres[118].

            Dans son Observation gnrale sur la mise en uvre de la Convention, le Comit de lONU a tenu faire observer que :

La dcentralisation, par attribution de fonctions ou dlgation de pouvoirs, ne dchargeait en rien le gouvernement de ltat partie de sa responsabilit directe quant ses obligations envers tous les enfants relevant de sa juridiction, quelle que soit la structure de ltat[119].

 

D. MCANISMES DEXCUTION

Les mcanismes dexcution sont un autre lment important du processus de mise en oeuvre lorsque vient le temps de se conformer au droit international. Si les traits commerciaux internationaux ont toujours t assortis de solides mcanismes dexcution pour rgir les diffrends commerciaux entre les pays, ce n'est que rcemment que les traits internationaux relatifs aux droits de la personne ont commenc recourir des mcanismes prcis grce auxquels les pays ne peuvent plus se soustraire impunment leurs obligations.

La cration rcente de la Cour pnale internationale, qui impose des sanctions pnales aux auteurs de crimes contre lhumanit et de crimes de guerre, est un exemple parfait de ce genre de mcanisme. Les organes des Nations Unies crs en vertu dun trait, qui sont chargs de surveiller les activits des tats en rapport avec lapplication dun trait particulier relatif aux droits de la personne  par exemple, le Comit des droits de lenfant des Nations Unies  sont des exemples plus courants. Ces organes issus de traits examinent les rapports des pays et publient des Observations finales dans lesquelles ils se prononcent sur le degr de conformit dun pays avec le trait concern et recommandent des amliorations apporter. Mme si les tats parties ne sont nullement tenus de donner suite aux recommandations du Comit, les traits confrent cependant ces organes un important rle de surveillance et leurs Observations finales ont une valeur morale et persuasive importante. Cette faon de procder nest toutefois pas une mcanisme  dexcution  formel compte tenu des pouvoirs restreints des organes issus de traits.

Il importe de signaler que, l encore, le Parlement na aucun rle prcis jouer dans ltablissement des rapports du Canada ou dans la rception des Observations finales du Comit de lONU. Les rapports du pays sont prpars exclusivement par le gouvernement, et il nexiste aucun processus au Canada qui permette au Parlement de recevoir les recommandations et les critiques du Comit de lONU ou de prsenter des observations cet gard.


[1] Rapport du Comit snatorial permanent des droits de la personne, Des promesses tenir : le respect des obligations du Canada en matire de droits de la personne, dcembre 2001.

[2] Rsolution 44/25 1989 de lAssemble gnrale de lONU, voir lannexe B.

[3] Des promesses tenir, p. 7‑8.                                                   

[4] David Moloney, vice-prsident, Direction gnrale des politiques, Agence canadienne de dveloppement international, tmoignage devant le Comit, 16 mai 2005.

[5] Seuls les tats-Unis et la Somalie avaient sign mais pas encore ratifi la Convention en date de novembre 2005.

[6] Lhonorable Ujjal Dosanjh, ministre de la Sant, tmoignage devant le Comit, 6 juin 2005.

[7] Martha Mackinnon, directrice gnrale, Justice for Children and Youth, tmoignage devant le Comit, 18 avril 2005.

[8] Ibid.

[9] Maxwell Yalden, ex‑commissaire, Comit des droits de lhomme des Nations Unies, tmoignage devant le Comit, 21 mars 2005.

[10]Al Aynsley-Green, commissaire aux enfants pour lAngleterre, tmoignage du 10 octobre 2005 [traduction].

[11] Le juge Jean-Pierre Rosenczveig, prsident du conseil dadministration du Bureau international des droits des enfants, Confrence du Bureau international des droits des enfants, Mise en uvre des droits de lenfant : perspectives nationales et internationales, Montral, 18 novembre 2004.

[12] Rana Khan, administratrice charge de la protection, Haut-Commissariat aux rfugis des Nations Unies, tmoignage devant le Comit, 2 mai 2005.

[13] Mary Robinson,  Avant-propos  de A Human Rights Conceptual Framework for UNICEF,  Marta Santos Pais, Florence (Italie), UNICEF, 1999, p. IV.

[14] Comit des droits de lenfant des Nations Unies, Observation gnrale no 5 : Mesures dapplication gnrales de la Convention relative aux droits de lenfant (articles 4, 42 et 44, paragraphe 6), 27 novembre 2003, CRC/GC/2003/5, paragraphe 11.

[15] Tara Collins, la snatrice Landon Pearson et Caroline Delany, Document de travail, Une dmarche fonde sur les droits, avril 2002, p. 3.

[16] Collins, Pearson, Delany, p. 2.

[17] Suzanne Williams, directrice gnrale, International Institute for Child Rights and Development, tmoignage devant le Comit, 21 fvrier 2005.

[18] Collins, Pearson, Delany, p. 4.

[19] Kathy Vandergrift, prsidente du Groupe de travail sur les enfants dans les conflits arms, Vision mondiale Canada, tmoignage devant le Comit, 14 fvrier 2005.

[20] Cindy Kiro, commissaire aux enfants de la Nouvelle-Zlande, tmoignage devant le Comit, 30 mai 2005.

[21] Tmoignage de Suzanne Williams.

[22]Kay Tisdall, professeure de politiques sociales, directrice de programme, matrise s sciences, tudes sur lenfant, Universit ddimbourg, tmoignage du 12 octobre 2005 [traduction].

[23]Tmoignage dAl Aynsley-Green [traduction].

[24] Louise Arbour, Symposium LaFontaine Baldwin, Qubec, 4 mars 2005.

[25] Centre de recherche Innocenti de lUNICEF, Independent Institutions Protecting Childrens Rights, Digest no 8, juin 2001, p. 4.

[26] Un Canada digne des enfants : Le Plan daction du Canada suite la Session extraordinaire des Nations Unies consacre aux enfants de mai 2002, gouvernement du Canada, avril 2004, voir lannexe F.

[27] Ibid., lhonorable sénateur Landon Pearson, p. 9.

[28] Katherine Covell, professeure, Collge universitaire du Cap-Breton, tmoignage devant le Comit, 7 fvrier 2005.

[29] Lhonorable Ken Dryden, ministre du Dveloppement social, tmoignage devant le Comit, 26 septembre 2005.

[30] Tmoignage de Martha Mackinnon.

[31] Centre de recherche Innocenti de lUNICEF, Digest no 8, p. 1‑3 et 13; Comit des droits de lenfant de lONU, Observation gnrale no 2 : Le rle des institutions nationales indpendantes de dfense des droits de lhomme dans la promotion et la protection des droits de lenfant, 15 novembre 2002, CRC/GC/2002/2, paragraphe 5.

[32]Tmoignage dAl Aynsley-Green [traduction].

[33] Suzanne Williams,  Remplir les obligations du Canada dans le cadre de la Convention des Nations Unies relative aux droits de lenfant : Des concepts abstraits des avantages rels pour les enfants , mmoire prsent au Comit, 21 fvrier 2005, p. 3.

[34] Jeffrey Wilson, avocat, tmoignage devant le Comit, 13 dcembre 2004.

[35] Voir la liste complte des tmoins lannexe A.

[36]Pour plus de dtails sur la loi norvgienne de 2003 sur les droits de la personne, voir la note 197.

[37] Nicholas Bala,  Child Welfare Law in Canada: An Introduction , Canadian Child Welfare Law: Children, Families, and the State (Toronto: Thompson Educational Pub., 2004), p. 2.

[38] Ibid., p. 3; tmoignage dAl Aynsley-Green.

[39] Le principe du parens patriae remonte lpoque mdivale, o les rois anglais, agissant comme des parents lendroit de leurs sujets, taient tenus de combler leurs besoins fondamentaux et de les prendre en charge, dans certains cas.

[40] Marge Reitsma-Street,  Read More ..ntrol Than Care: A Critique of Historical and Contemporary Laws for Delinquency and Neglect of Children in Ontario , (1989) Canadian Journal of Women and the Law, p. 512.

[41] Ibid.

[42] Neil Sutherland,  Histoire de lenfance , LEncyclopdie canadienne, en ligne  : http://www.thecanadianencyclopedia.com/index.cfm?PgNm=TCE&Params=F1ARTF0001579

[43] Ibid.

[44] Ibid.

[45] Tmoignage dAl Aynsley-Green [traduction].

[46] Stuart N. Hart,  From Property to Person Status: Historical Perspective on Childrens Rights , American Psychologist, janvier 1991, p. 54.

[47] Brian R. Howe,  Implementing Childrens Rights in a Federal State: The case of Canadas Child Protection System , (2001) The International Journal of Childrens Rights, p. 362.

[48] L.O., 56 Victoria, 1893, chap. 45.

[49] LEncyclopdie canadienne, Protection de lenfance, disponible en ligne  : http://www.thecanadianencyclopedia.com/index.cfm?PgNm=TCE&Params=F1ARTF0001578

[50] Nicholas Bala (2004), p. 3.

[51] Tmoignage dAnne McGillivray.

[52] Conseil canadien de lenfance et de la jeunesse, (1978) Interdit aux mineurs : la place de lenfant dans la socit canadienne.

[53] Tmoignage dAnne McGillivray.

[54] Nicholas Bala (2004), p. 3.

[55] Tmoignage dAnne McGillivray.

[56] Marge Reitsma-Street, p. 517.

[57] Charte canadienne des droits et liberts, Partie I de la Loi constitutionnelle de 1982, soit lannexe B de la Loi de 1982 sur le Canada (R.-U.), 1982, chap. 11.

[58] Socit des Nations, Journal officiel, Supplment spcial no 21, p. 43, 26 septembre 1924. 

[59] Geraldine Van Bueren, The International Law on the Rights of the Child, 1995, p. 8.

[60] Assemble gnrale de lONU, rsolution 1386 (XIV), 20 novembre 1959.

[61] Van Bueren, p. 12.

[62] Tmoignage dAnne McGillivray.

[63]Van Bueren, p. 12.

[64] Ibid., p. 13.

[65] Ibid., p. 14.

[66] Cynthia Price Cohen, Rights of the Child, disponible en ligne http://www.arrc-hre.com/publications/hrepack1/page55.html.

[67] Geraldine Van Bueren, p. 14.

[68] Ibid.

[69] Dans sa forme actuelle, la Convention est beaucoup plus longue que celle propose initialement par la dlgation polonaise en 1978. Un grand nombre darticles ont d tre rcrits plusieurs fois aprs avoir fait lobjet de ngociations entre les membres du groupe de travail. De 1979 1987, le groupe de travail a tenu des runions hebdomadaires afin dexaminer les propositions et les modifications darticles et de rdiger le document. En 1988, le groupe sest runi deux reprises pendant deux semaines chaque fois. La premire priode de deux semaines a t consacre lachvement de la premire bauche de la Convention, et la deuxime lexamen ainsi qu la rvision et luniformisation du texte. Au dpart, le groupe de travail tait compos de reprsentants de 43 pays et la fin du projet, 80 pays en faisaient partie.

[70] Geraldine Van Bueren, p. 16.

[71] Rsolution 39/46 de lAssemble gnrale de lONU, 10 dcembre 1984.

[72] Geraldine Van Bueren, p. 13.

[73] Ce nest pas surprenant tant donn quil a toujours t prvu que les ONG jouent un rle actif au sein de lONU, comme le prcise larticle 71 du chapitre 10 de la Charte des Nations Unies

[74] Ibid, p. 142-143.

[75] Ibid., p. 145.

[76] Rsolution 54/263 de lAssemble gnrale, 25 mai 2000, voir lannexe C.

[77] Le Canada a ratifi ce protocole en septembre 2005.

[78] Rsolution 54/263 de lAssemble gnrale, 25 mai 2000, voir lannexe D.

[79] Le Canada a ratifi ce protocole en juillet 2001.

[80] Les autres sont : le Comit des droits de lhomme; le Comit des droits conomiques, sociaux et culturels; le Comit pour llimination de la discrimination raciale; le Comit pour llimination de la discrimination lgard des femmes; le Comit contre la torture; le Comit des travailleurs migrants. 

[81] Cynthia Price Cohen, (1990).

[82] Ombudsman du Danemark, de la Sude, de lIslande et de la Norvge, The Best Interests of the Child in our Time: A Discussion Paper on the Concept of the Best Interest of the Child in a Nordic Perspective, octobre 1999, p. 7.

[83] Michael Jupp,  Justice, Not Charity: The United Nations Convention on the Rights of the Child , On the Right Side: Canada and the Convention on the Rights of the Child, Conseil canadien de lenfance et de la jeunesse, 1990, p. 8.

[84] 999 U.N.T.S. 171, 1976.

[85] 993 U.N.T.S. 3, 1976.

[86] ONU, Working Group Activities, 1978-1979.

[87] Correspondance lectronique avec Marthe St-Louis (Affaires trangres Canada).

[88] Gordon Fairweather,  Canada and the Convention: Some background information , On the Right Side: Canada and the Convention on the Rights of the Child, Conseil canadien de lenfance et de la jeunesse, 1990, p. 17.

[89] John Holmes,  Canadian Ratification of International Treaties , On the right side: Canada and the Convention on the Rights of the Child, Conseil canadien de lenfance et de la jeunesse, 1990, p. 19.

[90] Tmoignage de John Holmes, directeur, Direction du droit onusien, criminel et des traits, ministre des Affaires trangres et du Commerce international, 11 juin 2001.

[91]Joanna Harrington,  Acteurs tatiques et le dficit dmocratique : Le rle du Parlement dans la conclusion de traits , Document prpar pour le ministre de la Justice, mai 2005, p. 7-8, 26-27.

[92] Ibid., p. 2-5, 27-32.

[93] Convention de Vienne sur le droit des traits, doc. A/Conf 39/28 de l'ONU, art. 2.

[94] Voir les principes noncs larticle 26 de la Convention de Vienne cits la partie C du prsent chapitre.

[95] Nicole LaViolette, Les principaux instruments internationaux en matire de droits de la personne auxquels le Canada na pas encore adhr (janvier 2005)p. 63

[96] J.-Maurice Arbour, Droit international public, 4e d. (Cowansville, Qubec: ditions Yvon Blais, 2002) p. 99;,LaViolette, p. 63.

[97] LaViolette, p. 62.

[98] John Holmes, directeur, Direction du droit onusien, criminel et des traits, ministre des Affaires trangres et du Commerce international, tmoignage devant le Comit, 18 mars 2002.

[99] Capital Cities Communications Inc. c. Conseil de la radiodiffusion et des tlcommunications canadiennes, [1978] 2 R.C.S. 141;  Renvoi sur les conventions de travail , Procureur gnral du Canada c. Procureur gnral de lOntario, [1937] 1 D.L.R. 673 (J.C.P.C.);, p. 8.

[100]Benjamin Dolin fait toutefois remarquer que  leffet des traits ratifis par les tats-Unis nest pas toujours vident. La jurisprudence amricaine considre que seuls certains traits sont automatiquement excutoires.  Voir Les instruments internationaux de protection des droits de la personne et leur applicabilit au Canada, Bibliothque du Parlement, juillet 2005, p. 25

[101] Tmoignage de Maxwell Yalden.

[102] Doc. A/CONF.183/9 de lONU.

[103] S.C. (2000), c.24.

[104] Doc. A/C.1/57/L.36 de lONU.

[105] S.C. (1997), c. 33.

[106] L.R.C. (1985), chap. G-3.

[107] Lhonorable Irwin Cotler, ministre de la Justice, tmoignage devant le Comit, 11 avril 2005..

[108] Tmoignage dIrit Weiser devant le Comit snatorial permanent des droits de la personne, 11 juin 2001.

[109] HRI/CORE/1/Add.91, 12 janvier 1998.

[110] Ibid., paragraphe 138.

[111]Benjamin Dolin, p. 13-15.

[112] Wayne MacKay, professeur, Facult de droit, Universit Dalhousie, tmoignage devant le Comit, 16 juin 2005.

[113] Des promesse tenir, p. 24. Pour une discussion plus approfondie du rle du Comit permanent, voir la partie B1 du chapitre 4.

[114] Tmoignage dIrwin Cotler.

[115] Rebecca Cook,  Violations of Womens Human Rights , 1994, 7 Harvard Human Rights Journal, p. 147.

[116] ICCPR/C/67/D/694/1996, Comit des droits de lhomme, 67e session, 18 octobre au 5 novembre 1999.

[117] Malgr le rappel lordre du Comit des droits de lhomme, le gouvernement fdral a soutenu que lducation tait un domaine de comptence provinciale et quil ne pouvait rien faire. Pour sa part, le gouvernement de lOntario a refus de modifier ses lois pour se conformer cette dcision.

[118] Document CRC/C/15/Add. 215 de lONU, Comit des droits des enfants, Observations finales, paragraphes 8-9. Voir lannexe E.

[119] Comit des droits de lenfant de lONU, Observation gnrale no 5, paragraphe 40.

The Globe and Mail
Canada's largest national newspaper

Report critical of way disabled children treated

Globe and Mail
November 18, 1999

Canada is systematically violating seven articles of the United Nations Convention on the Rights of the Child, with the most glaring failure its treatment of disabled children, according to a report being released today.    Read More ..

The Butterbox Babies Story

The Ideal Maternity Home is infamous for the Butterbox Babies.

The Ideal Maternity Home operated in East Chester, Nova Scotia, Canada from the late 1920s through at least the late 1940s. William and Lila Young operated it. William was a chiropractor and Lila was a midwife, although she advertised herself as an obstetrician.

While they were tried for various crimes involving the home, including manslaughter, the entire truth of the horrors perpetrated there was not widely known until much later.

UN Convention on The Rights of the Child (UNCRC)

Embassy Diplomacy This Week magazine logo

U.N. Convention on the Rights of the Child -

Signed, Sealed But Not Delivered

UN Convention on the Rights of the Child popular, but hard to enforce

Embassy
April 13th, 2005

The construction of a legal framework required to fully satisfy obligations under a United Nations convention to protect children will be an ongoing process in Canada, Justice Minister Irwin Cotler told the Senate Human Rights Committee on Monday.

Mr. Cotler said that each new law or regulation passed by Parliament will continue to obey the rules of the Convention on the Rights of the Child, as with all international norms. However, he stopped short of endorsing complete compliance with each one of the Convention's elements, some of which have provoked controversy since its UN approval over 15 years ago.

The position of the United States towards the UN Convention on the Rights of the Child

The United States and Somalia are the only countries in the world that have failed to ratify the Convention. Although the United States signed the Convention on February 16, 1995, the treaty has never been submitted to the U.S. Senate and the United States has stated that it has no plans to ratify the convention.   Read More ..

A Quote Worth Remembering

"The world is a dangerous place to live; not because of the people who are evil, but because of the people who don't do anything about it."

Albert Einstein

United Nations

Canadian appointed U.N. High Commissioner for Human Rights

Louise Arbour

Louise Arbour took up her duties on July 1, 2004 as United Nations High Commissioner for Human Rights. Her term in office ended in June 2008.

Mrs. Arbour was a member of the Supreme Court of Canada immediately preceding her appointment to the UN as  Commissioner for Human Rights.


Law Times

Louise Arbour: a colleague we have failed

Law Times, Canada
22 September 2008

This profession - and all of us in it - have failed to protect, honour, and defend one of our most accomplished and distinguished members. We have let Louise Arbour down by our silence when she needed and deserved voices of support.

On July 1, Arbour stepped down as UN High Commissioner for Human Rights, an enormously prestigious and important international position.

The gratitude and praise which greeted her at the end of her term was shamefully muted. Arbour was a courageous champion of human rights, and a bold critic of the erosion of those basic tenets in our world.

She was never timid. She was never chained to a desk, was involved, hands on, outspoken, and challenging. She breathed life into the enormous portfolio that she was asked to take on.